7:10 - samedi octobre 1, 2016

Préserver la nuit

Lu 1825 fois Philippe Boury 0 réaction
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Pour la troisième année consécutive, l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes (ANPCEN) organise le concours « Villes et villages étoilés ». Une initiative qui vise à promouvoir la qualité de la nuit et à réduire la pollution lumineuse dans chaque commune française.

La France compte 9 millions de lampadaires. 9 millions de points lumineux qui éclairent l’espace public chaque nuit. Ils consomment quotidiennement l’énergie produite par une centrale nucléaire.

Partout, en France, mais aussi dans tous les pays dit développés, les nuits ne sont plus que parcellaires. A Paris, la Tour Eiffel s’illumine chaque nuit de 30.000 ampoules chaque heure. Dans le quartier de la Défense, à l’ouest de Paris, les tours sont éclairées toute la nuit.

Les rues, les autoroutes, les places publiques et les monuments scintillent de mille feux.

Décorer, rassurer, sécuriser, cette débauche de lumière a un coût : 732 millions d’euros annuels. A l’échelle d’une commune, l’éclairage public représente environ 23% du budget de la collectivité.

Vu du ciel, le planisphère est clairement divisé en deux. L’hémisphère Nord, et particulièrement en Europe et en Amérique du Nord, c’est un amas lumineux très dense qui rayonne dans la nuit. En 1970, un homme lancé dans l’espace n’aurait vu qu’une planète plongée dans la quasi obscurité.

C’est l’un des effets pervers de notre société moderne. En 40 ans, les éclairages des villes se sont démultipliés, déraisonnablement… La nuit n’existe plus… Ou presque. Et avec elle, c’est tout l’environnement qui en est perturbé.



© www.hubertreeves.info

Car depuis la nuit des temps, la vie terrestre est rythmée par l’alternance du jour et de la nuit. En moins de cinquante ans l’homme aura bouleversé cette alternance par une utilisation anarchique et disproportionnée des éclairages publics.

Si les astronomes sont les premiers à se plaindre de cette pollution qui perturbe leur travail, la faune et les écosystèmes sont aussi chamboulés.

Les oiseaux migrateurs qui se déplacent la nuit, en viennent à confondre les points lumineux avec les étoiles. Ils finissent parfois leur vol dans les immeubles ou les baies vitrées des tours de nos villes.

Les insectes, qui représentent 80% des espèces animales paient également un très lourd tribu à l’éclairage artificiel. En une nuit, chaque lampadaire allumé attire 150 insectes qui viennent se griller sur les ampoules ou deviennent des proies aisées pour des prédateurs.

L’éclairage artificiel représente la seconde cause de mortalité des papillons nocturnes. On dénombre environ 4500 espèces de papillons nocturnes contre 260 espèces diurnes : l’impact sur la diversité n’est donc pas anecdotique.

Autre conséquence sur ce trop plein de lumière : la sécurité des personnes et les accidents routiers.

Un éclairage mal conçu et surpuissant peut donner une sensation de sécurité sans pour autant la garantir. Plusieurs études sérieuses ont permis de vérifier qu’on ne pouvait pas démontrer les effets sécuritaires de l’éclairage. 80% des cambriolages ou des vols avec agression a lieu en plein jour.

Sur la route, l’éclairage n’est pas un gage de sécurité non plus. Au contraire la diminution progressive de la luminosité peut inciter au ralentissement. Les passages piétons, ronds points, carrefours dont l’éclairage est isolé sont mieux perçus que noyés dans un halo lumineux continu.

Des solutions alternatives existent pourtant. Il faut repenser l’éclairage de nos villes, adapter les matériels, développer les systèmes de détection… Ces solutions sont de plus rentables car rapidement remboursées par les économies d’énergie. Mais leur mise en place nécessite une prise de conscience du problème par la population et ses élus.

C’est donc pour inciter des aménagements innovants en matière d’éclairage public que le concours 2011 des « Villes et villages étoilés » est lancé. L’an dernier se sont 64 communes qui ont été labellisées pour leurs efforts en faveur d’une meilleure qualité de la nuit et leur réduction de la pollution lumineuse

Tous les détails de l’opération sont à retrouver sur le site de l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes (ANPCEN).

« L’environnement nocturne est un enjeu de développement durable; il peut et doit être préservé, y compris pour des raisons éthiques et esthétiques. »

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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