12:18 - samedi octobre 1, 2016

Prix de l’eau : les iniquités persistent

Lu 2512 fois Philippe Boury 3 réactions
robinet

Les français sont loin d’être égaux face à leur facture d’eau. C’est ce qui ressort d’une étude publiée par la Confédération Générale du Logementqui pointe du doigt la vraie « jungle » qui régit le marché de l’eau en France. L’association de consommateur met en lumière les disparités existantes sur le territoire. 6328 communes ont été passées au crible dans 95 départements métropolitains et 5 départements d’outre-mer. Le constat est clair : le prix du mètre cube d’eau peut varier de un à dix selon où l’on réside.

Le coût moyen du mètre cube d’eau en France, incluant l’assainissement, est aux alentours de 4,15€. Mais il peut culminer à 9,86€, comme à Montmachoux, petit village de 231 habitants en Seine et Marne. A l’autre bout de l’échelle, on trouve un autre petit village, La Cabanasse, près de Perpignan, dans les Pyrénées Orientales. Les 705 habitants ne paient leur eau que 1,21€ le mètre cube.

Le même type d’écart est également repéré à l’intérieur d’un même département. En Côte d’Or, par exemple, la différence entre les villes les moins chères et les plus chères est de 4,47€.

Certains départements affichent un prix moyen au-delà des 5€ : le Tarn-et-Garonne (5,72€/m3), l’Ardèche (5,50€/m3), le Lot (5,18€/m3) et le Morbihan (5,12€). D’autres se distinguent par des tarifs bien plus attractifs : les Vosges (2,47€/m3), les Pyrénées-Orientales (2,85€/m3), le Var (2,89€), ou la Haute-Loire (2,92€/m3). La Confédération Générale du Logement prend aussi comme exemple les Hauts de Seine : 3,68€ le mètre cube à Saint-Cloud, de 3,95€ à Boulogne-Billancourt ou 4,24€ à Suresnes, quand un parisien, lui, ne paie que 3,01€.

© CGL

© CGL

Plus généralement, l’association constate que les communes rurales sont la plupart du temps pénalisées par rapports aux grandes villes. Une grosse commune ou une agglomération qui négocie un contrat pèsera évidemment plus qu’un petit village de campagne. Le coût du réseau n’est pas le même. Quand un parisien n’aura à sa charge que le coût de l’entretien d’un mètre de canalisation, un habitant d’un village paiera lui 20 mètres de tuyau.

La taille de la commune ne fait pas tout. L’autre facteur qui explique ces disparités, selon la CGL, c’est la multiplicité des modes de tarification. Entre abonnement et consommation, les inégalités territoriales sont légion. Un flou auquel il faut ajouter les tarifications saisonnières, dégressives, ou sociales…

Mais la raison plus générale est que les leaders du marché de l’eau, Suez et Véolia en tête, « se sont longtemps partagé la part du lion », comme le souligne l’ACME, l’Association pour le Contrat Mondial de l’Eau. « Les entreprises se sont permises de faire payer très cher des services qui évitaient aux villes de gérer une régie publique », insiste l’association.

Une situation de quasi monopole qui n’a pourtant pas empêché Paris de s’affranchir de ces grands fermiers. En 2010, la capitale décide de dire merci à Véolia et Suez pour revenir à une gestion de l’eau en Régie Publique. Résultat : un coût de l’eau qui baisse de 8%.

L’initiative parisienne a fait des émules. D’autres communes ont suivi l’exemple ou s’apprêtent à le faire ; des démarches qui, du coup, mettent la pression sur les entreprises de l’eau. Suez et Véolia sont de plus en plus enclins à revoir leur contrat à la baisse. Dernièrement, St Etienne a réussi à obtenir un rabais de 26% du prix de l’eau lors de la renégociation de son contrat.

Reste que ces disparités inquiètent les associations qui militent pour une plus grande transparence des prix de l’eau. Emmanuel Poilane, le directeur de France Libertés pointe lui le risque d’un service public de l’eau à deux vitesses. Selon lui, « Il y aurait d’un coté les grandes villes, en régie ou en délégation de service public, avec une eau relativement peu chère, grâce à leur densité de population. Et de l’autre, des communes rurales, où les canalisations, réalisées dans les années 1970, vont devoir bénéficier d’investissements lourds, sur le long terme ».

La CGL milite pour la création d’un fonds commun, alimenté par les distributeurs pour faire disparaître les inégalités territoriales. La création d’une tarification unique de l’eau et de l’assainissement permettrait selon l’association de rendre les factures plus transparentes.

Mais la grande mobilisation des associations est de parvenir à moyen ou long terme à la création d’un Service public de l’eau au niveau national.

En attendant que cette idée soit réalisable, France Liberté milite pour que l’eau soit au cœur des élections municipales de mars 2014 afin que les communes soient de plus en plus nombreuses à faire le pari du retour à une gestion publique et démocratique de l’eau.

 

Pour aller plus loin :

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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3 Réponses à “Prix de l’eau : les iniquités persistent”
  1. pat
    # 20 décembre 2013 à 12:03

    Aujourd’hui l’eau est le 3em secteur le plus corrompu après l’armement et le BTP ! Alors que c’est une ressource vitale pour l’humanité. Que font nos gouvernants pour moraliser tout cela, où trempent-ils aussi dans cette corruption, ceci expliquerai cela ?
    Alors que l’on voit bien que la ressource eau va finir par se raréfier.
    pour info 60 millions de consommateurs teste des douchettes à économie d’eau et préconise la pose de matériel d’économie d’eau sur les robinets et WC.
    L’étude montre qu’une famille de 4 personnes peut réduire de 30% sa facture d’eau (de 150 m3 /an à 100 m3) soit 50 m3 d’économie d’eau par an, tout en gardant le même confort.
    Il est indiqué que ces matériels d’économie d’eau permettent au final une économie entre 217 et 267 € /an ce qui représente 45% de la facture d’eau (30% d’économie pour l’eau et 15% supplémentaire sur l’énergie).
    plus d’infos sur http://www.activeau.fr/test_60_millions_de_consommateurs.htm

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