9:00 - jeudi septembre 29, 2016

Le droit à l’eau face aux activités extractives

Lu 4238 fois Philippe Boury 0 réaction
© France Libertés
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La défense du droit à l’eau face aux activités extractives… et la campagne de désinvestissement qui trouve écho à Paris, c’est le sommaire de ce nouveau numéro de Monde Solidaire, avec la Fondation France Libertés, en compagnie cette semaine d’Anne-Laure Sablé et Khayne Solis.

En 2014, la Fondation a lancé un appel pour mettre en lumière ceux qui oeuvrent à la défense du droit à l’eau faces aux activités extractives. Que sont ces activités extractives, quelles sont leurs conséquences, quelles actions mener pour y faire face ? Les réponses d’Anne-Laure Sablé, chargée de mission eau et extrativisme à France Libertés.

« Lorsque l’on parle d’activités extractives, on se réfère surtout à l’extraction de produits minéraux présents à l’état naturel sous forme liquide, solide ou gazeuse. Cela comprend les minerais, tel que l’or ou le cuivre, mais aussi les hydrocarbures, comme le pétrole ou le gaz naturel, ou plus récemment les gaz et huiles de schistes qui font débat. »

Ces activités répondent à des choix économiques induits par le développement humain. Mais elles ont évidemment un impact et des conséquences non négligeables pour la ressource en eau ?

« On a souvent abordé le problème des activités extractives par le biais de l’accaparement des terres. Aujourd’hui, on voit une vraie mobilisation autour de la thématique de l’eau en tant que bien commun qui affecte les populations concernées. Les conséquences sont importantes sur la ressource en eau aussi bien de manière quantitative que qualitative.

De manière quantitative, on a des soucis de pompage des nappes phréatiques. Lorsque les forages sont fait dans la fracturation hydraulique, c’est 10 à 15000 mètres cubes d’eau nécessaires pour un seul forage, soit l’équivalent de quatre piscines olympiques ! Il y a aussi l’utilisation intensive de l’eau au niveau du traitement des minerais. Tout cela créée des conflits d’usages qui mènent à une priorisation de l’industrie sur les usages agricoles et domestiques, ce qui implique des bouleversements dans les modes de vie des communautés locales.

Au niveau qualitatif, il y a des problèmes de contamination des eaux. Lorsque l’on extrait un minerai, on décape les sols, on va déboiser, ce qui engendre de nombreux résidus dans l’eau et nuit à sa potabilité. On a aussi une perturbation des équilibres chimiques avec des rejets d’acide sulfurique dans l’eau. Et la plupart des industries extractives ont recours à des substances chimiques pour extraire et traiter les minerais, comme dans l’exploitation du cyanure dans l’or qui peut amener à des contaminations volontaires ou non. On peut avoir des problèmes d’infrastructures défaillantes comme en Roumanie en 2000 lorsqu’un affluent du Danube a été contaminé de façon importante. Cela peut aussi être de façon volontaire comme dans l’exploitation illégale de mines d’or.

Tout cela a des conséquences dramatiques sur les populations vivant aux alentours de ces sites avec des conséquences sanitaires telles que lésion de la peau, lésion oculaire, malformation des nouveau-nés. C’est un réel enjeu sanitaire que représentent ces industries. »

Face à ces bouleversements, quelles actions sont menées pour faire face à ces activités, quels moyens sont déployés (par France Libertés ou d’autres associations) pour faire prendre conscience des désastres générés par ces activités ?

« Dans ce contexte, nombreux sont les gouvernements qui choisissent de privilégier la promesse économique de ces industries sur les droits fondamentaux des populations locales. Beaucoup d’organisation s’engagent pour mettre en lumière ce phénomène. La Fondation France Libertés agit en amont et en aval de ces projets.

En amont, on cherche à informer les populations, à faire connaitre les impacts des industries extractives sur leurs droits fondamentaux et sur le droit à l’eau. Par exemple, au Mexique, en Equateur ou en Uruguay, les partenaires de la Fondation cherchent à informer les populations, car c’est le problème le plus important. Il y a un grand manque de consultation, de connaissance, de vulgarisation de l’information auprès des communautés locales.

En aval, la Fondation essaie de chercher à promouvoir des modèles de gestion durable et locale de la ressource en eau, comme la récupération des eaux de pluie lorsque les nappes phréatiques ont été contaminées. Ce n’est pas l’idéal mais malheureusement beaucoup de communautés ont besoin de ces alternatives pour échapper à une atteinte de leur droit à l’eau. »

La mobilisation de la société civile pour défendre ce droit à l’eau face aux activités extractives est multiple. Ces actions en Afrique, en Amérique latine ou en Europe sont à retrouver sur le site de France Libertés.

© gofossilfree.org

© gofossilfree.org

France Libertés s’est engagée il y a quelques temps dans la campagne internationale pour le désinvestissement. L’idée étant que l’État, les collectivités et toutes les institutions ou fondations retirent leur fonds et leurs placements des entreprises du secteur de l’énergie fossile pour les réinvestir dans les énergies renouvelables et la transition énergétique.

Paris vient de prendre position en votant un vœu pour que la capitale désinvestisse du secteur fossile.

Cette orientation affirmée par Paris est un signe positif, salué par la Fondation France Libertés. Que cible le vœu pris par le Conseil de Paris ? Khayne Solis suit ce dossier désinvestissement à la Fondation France Libertés.

« Ce vœu demande que le fond de dotation nouvellement créé n’investisse pas dans l’industrie fossile, et que le fond de réserve des retraites des conseillers de Paris mette fin à ces investissements. Dans le même esprit, lors de la journée internationale de désinvestissement, nous avions demandé avec nos partenaires ATTAC et 350.org le retrait de près de deux milliards d’euros d’investissements du Fond National pour les retraites qui dépend de la Caisse des Dépôts, dans l’idée que le financement de notre avenir ne doit pas se faire au détriment de la sauvegarde de la planète. »

Cette prise de position de la Ville de Paris est une première intention. Quelles actions concrètes doivent maintenant suivre ce vœu exprimé par le Conseil de Paris ?

« Pour que ce vœux ne reste pas un vœu pieu, France Libertés a cosigné la lettre ouverte publiée par la journaliste Naomie Klein et 350.org. La mise en œuvre de ces décisions pourrait avoir un impact mondial et serait un signal fort à l’approche de la Conférence de l’ONU sur le changement climatique. Et l’idée que Paris, ville hôte de la COP 21 joue un rôle de premier plan en étant la première capitale mondiale à désinvestir serait un espoir pour le climat et pour la réussite de cette conférence majeure. »

Pour soutenir cette campagne qui entend rompre avec le secteur fossile et se tourne vers le futur, vous pouvez vous aussi signer cette lettre ouverte adressée à la Ville de Paris sur le site Gofossilefree

 

Pour aller plus loin :

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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