9:00 - jeudi septembre 29, 2016

Drame des migrations : l’Europe reste timide

Lu 818 fois Philippe Boury 0 réaction
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Monde Solidaire et le drame des migrations cette semaine avec la Fondation France Libertés, et Emmanuel Poilane, le directeur de la Fondation.

Des populations entières tentent de fuir les rives sud de la méditerranée pour rejoindre les côtes européennes. 800 personnes ont encore perdu la vie il y a 10 jours en tentant de fuir leur pays pour sauver leur vie justement, et tenter de prétendre à une vie meilleure.

Ce nouveau drame de la migration, qui a suscité émotion et condamnations de la part des dirigeants européens a profondément ulcéré France Libertés.

« Aujourd’hui on est dans une configuration incroyable où le drame est tous les jours plus importants et où notre pays, qui est en guerre, n’assume pas le retour de ces guerres. Il y a énormément de migrants qui viennent parce qu’ils fuient la Syrie, le nord du Nigéria ou d’autres théâtre de guerre dans le monde. Ils cherchent simplement une terre sur laquelle ils pourront vivre en paix et faire grandir leurs enfants.

Aujourd’hui, il y a un décalage entre ce que l’on dit de ces guerres, et notamment la guerre contre le terrorisme et contre Daesh, et l’attention que l’on porte aux migrants qui sont directement liés à ces évènements. On est soumis à une volonté de l’Europe de se sécuriser, mais de ne surtout pas regarder ces populations qu’on laisse mourir au cœur de la Méditerranée. »

Cela fait plus de dix ans que des migrants meurent dans ces traversées désespérées, et pourtant l’impression est que rien ne bouge. Dernier acte en date : la tenue d’un Sommet Européen extraordinaire qui était destiné à prendre des dispositions visant à mieux secourir ces réfugiés. Mais au final, la réponse à cette dramatique crise migratoire semble manquer d’ambition.

« Elle manque clairement d’ambition. Ce qui est le plus terrible c’est quand on se rappelle ce que disait le président de la commission européenne, M Baroso, au moment du drame de Lampedusa il y a deux ans, et que l’on écoute les paroles de la commissaire en charge aujourd’hui de la question des réfugiés et des migrants, les phrases sont exactement les mêmes. Au lieu de basculer sur la nécessaire obligation que l’on a d’imaginer comment accueillir ces populations là, on reste sur cette volonté de sécuriser.

Le discours ne change pas : « Ce n’est pas la faute de l’Europe, c’est la faute des trafiquants », mais on oublie de se poser la question de pourquoi ces gens viennent. S’ils viennent, c’est qu’ils sont dans des conditions insupportables qui leur font prendre des risques insensés de traverser la Méditerranée sur des coquilles de noix.

L’Europe et la France doivent changer de politique pour aller vers une politique de l’accueil et de la solidarité. On ne peut pas dire d’un coté que notre pays est en guerre contre Daesh, et de l’autre coté ne pas accueillir les gens qui sont les premières victimes de Daesh. On ne comprend absolument pas pourquoi notre gouvernement ne se saisit pas de cette question là.

La réponse du sommet est terrifiante. On a l’impression qu’il a été posé trois jours après le drame pour que l’émotion médiatique retombe. Du coup on ne parle pas beaucoup des résultats du sommet. Cela attendra bien la prochaine catastrophe ! C’est insupportable ! »

© Amnesty

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Si les moyens alloués pour le sauvetage des réfugiés a été augmenté, le volet accueil et solidarité est le parent pauvre.  C’est en amont qu’il faudrait aussi intervenir, en aidant les pays d’émigration à répondre aux souffrances de leur population.

« Sur les moyens mis en œuvre, c’est ridicule. La force Triton, en triplant son budget, sera toujours moins importante que l’opération Mare Nostrum de l’Italie seule. L’Europe ne met franchement pas les moyens suffisants. Sur la dynamique de solidarité et d’accueil, il y a des choses à réfléchir sur l’aide internationale pour faire en sorte d’aider ces populations réfugiées en Jordanie, en Irak et ailleurs. Et il faut imaginer quelle part on doit prendre dans l’accueil de ces réfugiés pour les aider à avoir une vie meilleure.

La réponse apportée est une réponse militaire. Et quand on regarde le cas de la Lybie, la France, sous l’impulsion du président Sarkozy, a enclenché un appui militaire pour faire tomber Khadafi. Et quand il a fallu parler de reconstruction et de solidarité, il n’y avait plus personne. C’est un échec de nos sociétés occidentales qui pensent se protéger elle mêmes sans aider les populations les plus démunis. On a besoin de repenser notre rapport au monde et de reconstruire des espaces de solidarité envers ces populations ».

Vous dites que nos politiques migratoires resteraient liées à un discours raciste et intolérant ?

« Le Front National ayant posé les bases d’un discours raciste et intolérant sur l’immigration, et ayant gagné des voix, on a l’impression que les partis politiques, même de gauche, se retrouvent dans l’obligation de se coller sur ce discours là pour lutter contre le Front National. C’est ahurissant ! Aujourd’hui on voit ce que fait le FN et on ne voit pas ce que les partis de gauche notamment proposent en face.

On a besoin d’avoir des partis de gauche qui soient engagés dans la lutte contre ces pensées racistes et xénophobes et qui puissent promouvoir des politiques migratoires qui soient basées sur de la solidarité et de l’humanisme. Aujourd’hui, ceux qui peuvent faire la différence de politique entre les gouvernements Hollande et les gouvernements Sarkozy sont forts. C’est la même politique. On a besoin d’avoir une politique de gauche sur la question migratoire.

Il faut peut-être réagir en échos à ce que propose actuellement la Grèce qui détonne complètement par rapport à la position européenne et qui mériterait d’être étudié de plus près notamment par les gouvernements de gauche progressiste. »

 

© o-c-u.org

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  • A l’Agenda de France Libertés signalons justement la rencontre internationale « Gouvernance alternative des migrations » qui aura lieu les 22 et 23 mai, dans le cadre de l’Organisation pour une Citoyenneté Universelle. Ces rencontres ont pour objectif de faire un état des lieux des politiques migratoires dominantes et de mettre en lumière des modèles alternatifs. Nous en reparlerons en détail dans notre prochaine émission.

Pour aller plus loin :

 

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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