9:19 - dimanche décembre 4, 2016

Les maraîchers bio, héros de notre quotidien

Lu 1756 fois Philippe Boury 0 réaction
© L'Age de Faire
© L'Age de Faire

Monde Solidaire a rendez-vous avec la rédaction de L’Age de Faire pour un dossier consacré ce mois-ci à ces maraîchers bio qui deviennent les héros de notre quotidien. Par vocation ou par choix de vie, des nouveaux maraîchers s’installent, répondant ainsi à l’engouement des consommateurs pour le bio qui s’accroit régulièrement, et malgré des contraintes pas toujours faciles à surmonter.

Dans l’enquête de L’Age de Faire, il y a d’abord ce constat : le nombre de maraîchers bio a doublé en 10 ans. Ces petits maraîchers ont un avenir!

Fabien Ginisty est journaliste à L’Age de Faire et a coordonné ce dossier.

« On constate une très forte augmentation des maraîchers bio, d’une part parce qu’il y a des maraichers conventionnels qui se convertissent à l’agriculture bio, mais aussi parce qu’il y a énormément de personnes qui se lancent dans l’aventure du maraîchage. Ces nouveaux maraîchers s’installent sur des petites surfaces. Ce sont principalement des personnes qui ne sont pas issus du milieu agricole, qui ont la trentaine, et qui sont à la recherche d’un nouveau projet de vie, en travaillant à la campagne, à son compte en s’investissant dans quelque chose qui a du sens. »

Ce choix de se reconvertir se fait rarement facilement. Les difficultés pour s’installer en bio et pour durer sont semble-t-il très nombreuses.

« La première difficulté, c’est l’accès au foncier, même si la situation est très variée selon les régions. C’est principalement le cas aux abords des villes, dans les zones périurbaines, où c’est pourtant là où il y a le potentiel consommateur. Il y a également la difficulté du métier à proprement parler. C’est un métier assez physique et certaines personnes qui se lancent n’en ont pas forcément conscience. Il y a des initiatives qui ont été lancées dans certaines régions, avec des centres d’expérimentations pour permettre à ces nouveaux maraîchers de s’essayer sur un ou deux ans pour se confronter au métier qui est peu rémunérateur. On considère que pour 45 heures par semaine, on va gagner un SMIC. Cela reste un métier qui demande beaucoup d’investissement. »

Et puis il y a les aides, notamment européennes, qui ne sont pas à la hauteur de ce qu’elles devraient être.

« C’est vrai que l’agriculture est globalement soutenue par la PAC (la Politique Agricole Commune), mais la PAC a été faite à la base pour les céréaliers dans une perspective productiviste, et ces petits maraichers qui travaillent sur du qualitatif, sur des petites surfaces, sont pénalisés puisque les aides sont principalement liées à la taille des surfaces agricoles. »

Outre une présence de plus en plus visible sur les étals des marchés et hypermarchés, l’essor du bio est dû aussi à la multiplication des AMAP notamment, ou associations similaires, ou encore à la restauration collective, qui permettent un débouché plus sécurisant pour ces producteurs.

« On a fait le portrait d’un maraîcher qui était conventionnel et qui était pieds et poings liés aux grossistes et aux grandes surfaces. Avec les AMAP et ces nouvelles méthodes de ventes directes, cela permet de dégager plus de marges, puisqu’il n’y a pas d’intermédiaire. Mais il y a également un lien qui se tisse avec les consommateurs. Il y a moins de pression concernant le calibrage des légumes, ou leur saisonnalité, puisque le consommateur s’aperçoit des contraintes du quotidien des maraîchers. Ce lien permet également au producteur de redécouvrir son métier. Il y a aussi l’aspect concret que l’alimentaire, ce n’est pas un cageot posé dans une grande surface. C’est un homme ou une femme sur un terrain qui travaille. Sans ces nouveaux débouchés, ce maraîchage là, à petite échelle, ne pourrait pas exister. »

© Greenpeace

A l’opposé de ces cultures Bio, l’Age de Faire s’arrête aussi sur la question de l’utilisation des herbicides potentiellement cancérogènes, herbicides qui ne seront pas interdit avant 2022 ! Ce qui a fortement mobilisé les militants du collectif national « Roundup, non merci ! ».

« Ce collectif est né en 2012 suite à l’étude du professeur Séralini concernant les dangers du Roundup et de sa molécule, le glyphosate. La plupart des herbicides contiennent du glyphosate, qu’ils s’appellent Roundup ou autres… L’Assemblée Nationale a interdit le glyphosate mais à l’horizon 2022, alors que l’OMS a reconnu le glyphosate comme un cancérogène probable. Il est donc encore en vente. Le collectif Roundup non merci va dans les magasins de manière non-violente pour sensibiliser les consommateurs et interpellent les dirigeants de ces chaines de magasins pour leur faire comprendre qu’ils commercialisent du poison. Ils essaient de faire pression sur ces enseignes pour qu’elles aillent plus vite que la loi et arrêtent de commercialiser cet herbicide. »

Rares sont les enseignes qui ont pris les devants de cette interdiction. Les actions du collectif « Roundup, non merci ! » vont devoir encore se multiplier.

« Le collectif ne demande qu’à s’amplifier. Ces militants sont déjà arrivés à obtenir des retraits auprès de certaines chaines. Auchan a retiré le Roundup de ces rayons, Leroy Merlin a également supprimé les herbicides contenant du glyphosate dans certaines régions. C’est des mesures réduites mais c’est plutôt bon signe pour l’avenir. »

 

  • A lire encore dans ce numéro de L’Age de Faire un entretien avec Olivier Petitjean, journaliste à l’Observatoire des multinationales qui publie un rapport sur les expériences des remunicipalisations des services de l’eau. Et un reportage sur une expérience passionnante de lieux de paroles itinérants à destination des jeunes de quartiers populaires. Des ateliers qui ont débouché sur la publication d’un recueil de témoignages.

 

Pour aller plus loin :

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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(c) Pascal Kobeh

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