7:28 - samedi octobre 1, 2016

En Amazonie, la déforestation n’élimine pas que des arbres

Lu 1819 fois Philippe Boury 0 réaction
© Raoni.com
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La déforestation en Amazonie et le droit des peuples autochtones sont à la Une de Monde Solidaire cette semaine, avec la Fondation France Libertés.

Il y a 15 jours, deux indiens Guarani-Kaiowa étaient à Paris, à l’initiative de France Libertés et Planète Amazone, pour alerter la communauté internationale sur les souffrances de ce peuple du sud-ouest du Brésil et sur la menace qui pèse sur la forêt amazonienne.

C’est lors du Sommet des consciences sur le Climat, organisé par Nicolas Hulot, que Valdelice Veron et Nathanaël Vilharva-Cáceres, les deux représentants Guarani-Kaiowa, ont lancé un cri d’alarme pour dénoncer les atteintes à leurs droits et le saccage du poumon vert de la planète.

Qui sont ces indiens Guarani-Kaiowa ?

  • Elsa Olaizola est chargée de mission « droits des populations autochtones » à France Libertés.

 « Les Guarani-Kaiowa, c’est un peuple autochtone du Brésil. Ils sont 45.000 à vivre dans l’Etat du Mato Grosso do Sul au sud-ouest du pays, région limitrophe avec le Paraguay et la Bolivie. C’est le plus gros peuple autochtone du pays qui compte 890.000 indiens de 305 ethnies différentes. « Guarani-Kaiowa » signifie « peuple de la forêt ». »

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Valdelice Veron et Nathanaël Vilharva-Cáceres, les deux représentants de ce peuple, ont mis en avant les menaces qui pesaient sur eux.

« La menace est extrêmement grave, puisque l’on parle de disparition de leur peuple. Les Guarani-Kaiowa sont expulsés de leurs terres au profit de grands propriétaires terriens ou de multinationales. Ils sont parfois entassés dans des réserves où ils vivent dans des conditions indignes. Mais ils vivent aussi sous des bâches au bord de l’autoroute. La seule perspective de travail qu’ils ont est de travailler pour ces grands propriétaires dans des conditions qui sont proches de l’esclavage. Et pour ceux qui décident de résister et de rester sur leurs terres, comme c’est le cas pour Valdelice Veron et Nathanaël Vilharva-Cáceres, ils font face à des agressions ou des assassinats de la part des hommes de main des grands propriétaires. Depuis 2003, il y a 299 chefs indiens qui ont été assassinés. Ils font face aussi à de la détention arbitraire et à la destruction de leurs villages. Quand ils se font attaqués, leurs villages sont incendiés, leurs cultures et leurs biens sont détruits. Il y a des enfants qui souffrent de malnutrition : entre 2003 et 2008, 80 enfants indigènes sont morts dans cet Etat. Et cette population a un des taux de suicide les plus élevés du monde. »

Persécutions, accaparement de terres, déforestations… Tout cela se fait au profit d’autres cultures.

« Dans cette région du Brésil, les terres sont utilisés pour la culture du soja et de la canne à sucre, notamment pour faire des agro-carburants, et pour l’élevage du bétail. »

© France Libertés

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Les droits des peuples autochtones sont pourtant garantis par la Constitution brésilienne. Mais le gouvernement ne fait pas ce qu’il faut pour les reconnaitre totalement.

« Les terres desquelles sont expulsés les Guarani-Kaiowa sont des terres traditionnelles. Dans la constitution de 1988, il est dit que les terres traditionnelles indiennes sont la propriété des populations autochtones. Reconnaitre une terre traditionnelle est un processus qui se fait en quatre étapes. Un groupe d’experts fait d’abord un rapport qui détermine si la terre où se trouvent les populations est, ou non, traditionnelle. Puis le Tribunal Supérieur Fédéral vérifie la constitutionnalité de ce rapport. Ensuite, le Fond National de l’Indien publie un décret de démarcation des terres, et enfin le gouvernement doit valider cette démarcation. Dans le cas des Guarani-Kaiowa, depuis des années tout ce processus est fait, sauf que le gouvernement bloque la validation. Il viole ainsi la constitution brésilienne pour permettre l’expropriation des populations autochtones pour l’agro-business. Il faut savoir qu’une grande majorité des députés brésiliens ont des intérêts dans l’agro-business. »

En plus de ces conséquences humaines, il y a aussi les conséquences environnementales…

En Amazonie, c’est l’équivalent un terrain de foot qui disparaît toutes les trois secondes… A ce rythme là, la forêt ne durera plus longtemps, ce qui ne va pas sans poser de graves problèmes pour le climat.

« Cela a des conséquences très grave puisque la déforestation impacte le cycle de l’eau. En détruisant les arbres, on imperméabilise le sol, parce que l’eau s’infiltre dans le sol grâce aux racines des arbres. Les nappes phréatiques ne sont donc plus rechargées en eau. Les arbres absorbent l’eau. Par un phénomène d’évaporation, ils renvoient l’eau dans les airs pour former des nuages, et donc de la pluie. Avec cette déforestation au Brésil, on a d’énormes problèmes de sécheresse, comme début 2015, lorsque la ville de Sao Paulo a subi une sécheresse extrêmement importante. »

Valdelice Veron - © Raoni.com

Valdelice Veron – © Raoni.com

Valdelice Veron dit se battre contre le génocide et l’ethnocide pratiqués au Brésil. Que demandent les Guarani-Kaiowa à la communauté internationale ?

« Valdelice Veron et Nathanaël Vilharva-Cáceres sont venus en Europe parce que le gouvernement brésilien est sourd à leurs demandes. Il est surtout proactif dans le désastre qui se passe sur leurs terres. L’idée est d’attirer l’attention internationale sur ce qu’ils appellent un génocide, pour que nous ne puissions plus dire « nous ne savions pas ». Venir en Europe c’est aussi parce que ces cultures qui provoquent la déforestation et la mort des Guarani Kaiowa sont en partie importées en Europe soit pour l’agro-carburant, soit pour le bétail. Les Guarani Kaiowa parlent aussi d’un écocide. L’écocide, c’est la destruction massive de la nature. C’est une destruction qui concerne le monde entier mais aussi les générations futures car elles ne pourront pas bénéficier des bienfaits de la nature au nom de la croissance à tout prix. »

C’est la reconnaissance de la notion de crime contre les générations futures. A quelques semaines de la COP21, c’est l’occasion ou jamais de mettre au devant de la scène ce peuple et l’urgence qu’il y a à agir pour garantir leurs droits et l’avenir de la planète.

« Notre idée c’est de profiter de la COP 21 pour mettre en avant les destructions qui sont liées à ces cultures intensives. C’est aussi faire en sorte que soit reconnu l’impact de nos choix économiques sur les peuples autochtones. Ces peuples qui, en plus d’avoir le droit d’être consultés sur leur choix de vie, devraient faire partie intégrante de notre processus de lutte contre le réchauffement climatique. »

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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