1:18 - dimanche décembre 4, 2016

Marée noire au Pérou : la compagnie pétrolière pointée du doigt

Lu 2884 fois Philippe Boury 0 réaction
© www.actualidadambiental.pe
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Une marée noire au Pérou ! Depuis le début de l’année, un oléoduc a cédé par deux fois dans le nord du pays. L’équivalent de plus de 3000 barils de pétrole se déverse dans une zone particulièrement riche en faune et en flore.

Les régions de Loreto et Amazonas subissent  une catastrophe environnementale et humaine de grande ampleur. 8000 habitants dont plusieurs communautés autochtones sont particulièrement mis en danger en raison de la pollution des eaux.

Cette catastrophe qui aurait pu être évitée. PetroPerú, la compagnie pétrolière responsable de cette marée noire, a déjà été pointée du doigt par les autorités dans le passé pour défaut d’entretien.

« Ce n’est pas la première catastrophe. Il y en a eu d’autres avec la même entreprise, le même oléoduc, et dans des conditions similaires. Depuis 2011, l’OEFA, l’Organisme d’Evaluation et de Supervision Environnemental (un organisme public péruvien qui s’occupe de surveiller les activités des entreprises et de réguler le secteur des hydrocarbures) a signalé que 20 urgences environnementales avaient été enregistrées sur l’oléoduc Norperuano.

Un autre organisme public péruvien, l’OSINERGMIN (l’Organisme Superviseur de l’Investissement dans l’Energie et les Mines), affirme que depuis 1977, 61 ruptures et fuites ont été constatées sur l’oléoduc. A la vue de ces chiffres, on s’interroge. C’est pourquoi il faut poser la question de l’efficacité du contrôle des industries extractives, et de l’autorité des organismes comme l’OEFA. En 2014, cet organisme avait initié un processus de sanctions administratives contre PetroPerú par rapport à une fuite qui a eu lieu le 30 juin 2014 dans la même région. Dans les infractions, il était  déjà mentionné le fait qu’il y avait un manque de maintenance de l’oléoduc, et la non-détection à temps des fuites. Comment expliquer que PetroPerú n’ait pas été contraint de faire les travaux et qu’il n’y ait pas eu de mesures plus coercitives de prises ? »

© www.actualidadambiental.pe

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Pour obtenir réparatio, l’action sur place s’organise.

« Au début de la catastrophe, l’entreprise a tenté de minimiser l’évènement et de nier sa responsabilité. Ils ont évoqué un glissement de terrain et la foudre pour expliquer la rupture de l’oléoduc. Les premiers rapports de l’OEFA ont permis de démontrer que c’était vraiment un problème de maintenance. Les organisations ont fait valoir la responsabilité de l’entreprise. Elles ont souligné que c’était la faute de PetroPerú. L’AIDESEP, l’Association interethnique de Développement de l’Amazonie péruvienne qui fédère plus de 1300 communautés autochtones, a organisé  un sitting devant les bureaux de PetroPerú le 19 février dernier. Elle a réclamé la réparation immédiate de cette catastrophe, une indemnisation des communautés affectées, ainsi que l’interruption totale du transfert de pétrole via l’oléoduc Norperuano jusqu’à ce que les travaux soient faits pour qu’il n’y ait plus de catastrophes similaires.

D’autres organisations ont lancé une pétition à destination du Ministère de l’Energie et des Mines péruvien afin que les populations soient prises en compte dans le PAMA, le Programme d’Adéquation et de Gestion Environnementale qu’une entreprise a pour réguler ses impacts sur l’environnement. Ces populations demandent que le nouveau PAMA pour PetroPerú soit fait avec leur avis. Ils veulent avoir un droit d’influence sur la rédaction de ce nouveau programme. Ils considèrent que ce sont eux qui ont fait les frais de ces catastrophes. Il est indispensable de les mettre dans la participation vis-à-vis de ces procédures. Le droit à la consultation, c’est ce que l’on défend à France Libertés par rapport aux peuples autochtones.»

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France Libertés et d’autres ONG apportent leur soutien aux populations autochtones.

«  L’impact médiatique a été majeur dans la réaction de l’entreprise. Il y a eu un point de rupture qui a été le soutien de Leonardo di Caprio lors de son discours aux Oscars. Il est très investit sur ces questions amazoniennes. Il a appelé ses fans à s’engager et à signer la pétition d’Amazon Watch. Les projecteurs se sont braqués sur le Pérou, et cela a accéléré les processus de  nettoyage. La couverture médiatique, c’est indispensable, pour nous ONG, pour faire avancer ces causes.

Certaines communautés ont été reconnues comme affectées, et d’autres non. Elles demandent d’avoir plus de visibilité et d’être entendues, car les leaders indigènes ont vraiment souligné que, si l’oléoduc passait dans une zone plus centrale du pays, il aurait été davantage entretenu. Mais comme il passe sur leur territoire indigène, cela ne posait pas de problème. Ils ont l’impression d’être des citoyens de seconde zone. Il y a un problème de gestion territorial de la crise. Le territoire péruvien n’est pas occupé de la même façon par l’Etat. Il n’y a pas d’infrastructures pour aider ses populations isolées. La montée en flèche des conflits sociaux-environnementaux attestent d’une réelle tension entre les industries extractives et les populations locales. L’absence de l’Etat dans ces zones fragilise les communautés qui agissent sans intermédiaires avec ces multinationales qui jouent sur cet isolement. Ces entreprises essayent de les convaincre qu’elles peuvent apporter aux populations les emplois et les infrastructures que l’Etat ne peut pas leur apporter. Il faut vraiment souligner ce problème d’isolement de ces populations qui sont marginalisées. »

Le témoignage d’un leader amérindien vivant aux abords de la zone de l’accident pétrolier.

Pour aller plus loin :

 

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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