5:47 - lundi décembre 5, 2016

Dossier spécial « Fréquence Terre » : Mourir, puis donner la vie

Lu 3192 fois Pierre Guelff 0 réaction
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PGF FT300Il n’est jamais trop tard, tant qu’on est conscient, de formuler officiellement ses dernières volontés en vue de son inévitable décès et de la destination de ses restes. Une fois n’est pas coutume, afin d’illustrer de manière concrète la présente rubrique, je vais vous entretenir de mes démarches en ce sens et démontrer qu’il n’est pas toujours aisé de faire admettre son choix, surtout dans la toute dernière étape de sa mort.

Ainsi, de manière officielle tant auprès de mes proches, que des services communaux, de mon médecin traitant, d’un laboratoire d’anatomie universitaire, de la Fondation Métamorphose[1] (dont il sera question ci-après, justement, dans la difficulté de dernière étape)…, j’ai fourni les documents en bonne et due forme afin de signifier, dans l’ordre : mon refus d’acharnement thérapeutique, mon souhait d’euthanasie selon la loi belge dont je dépends (mais pas encore en vigueur en France), du don de mon corps à la science et, au terme de tout ceci, de l’humusation[2].

Humusation ? Si tout un chacun connaît les termes inhumation, crémation, dispersion des cendres, columbarium…, celui d’humusation est inconnu de la quasi-totalité de la population. J’en ai fait l’expérience auprès de médecins et d’autorités, pas du tout au courant de la signification de ce terme.

Alors, grâce à l’aimable autorisation des animateurs de la Fondation Métamorphose, plutôt que de longs discours, voici un questions-réponses pour éclairer notre lanterne… même celle des morts, si je puis me permettre cette petite diversion dans un sujet aussi sérieux. Bien que…

En effet, une lanterne des morts est une tour maçonnée comportant des ouvertures vers son sommet où, au crépuscule, l’on hissait une lampe allumée supposée servir de guide aux défunts. Celle que j’ai vue à Sarlat, dans le Périgord, date du XIIe siècle et est classée comme monument historique. Et, dans la problématique de l’humusation, croyez-moi, on a bien besoin d’être guidé !

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La lanterne des morts de Sarlat (Photo Père Igor, CC-BY-SA)

– Quel est le principe de base qui guide les partisans de l’humusation ?

– Protéger la terre coûte que coûte. Aujourd’hui, même si on a été écologique toute sa vie, d’office on pollue la terre lorsqu’on la quitte. Car les deux pratiques funéraires autorisées chez nous, c’est-à-dire en Belgique et en France, l’inhumation et la crémation, sont deux procédés extrêmement polluants. Les pratiques d’ensevelissement actuelles abîment la terre. Et beaucoup de personnes l’ignorent. C’est pour cela que nous avons créé la Fondation Métamorphose. Afin de rendre légale une pratique pour une après mort 100% écologique: l’humusation, ou le retour à la Mère Nature. Nous proposons une nouvelle option pour prendre soin de nos défunts dans le plus grand respect des êtres vivants et de la terre. Parce que nous pensons aussi aux générations futures.

  • Parce que nous avons la volonté de rester écologiques après notre passage sur terre.
  • Parce que les cycles de la nature nous montrent comment renaître.
  • Parce que nos corps sont un potentiel de vie et de fertilité extraordinaires.

– Vous évoquez un enjeu crucial, quel est-il ?

– L’enjeu climatique est crucial pour l’avenir de l’humanité tout entière, on le sait. Si nous n’agissons pas, la terre va devenir une planète morte. Suicidaire pour l’avenir des êtres humains mais aussi catastrophique pour la vie sur la Terre. Il est fondamental pour évoluer et survivre à la crise en tous sens qui agite notre planète, de changer notre façon d’agir et de voir le monde. Et la vie et sa fin en font partie.

– Comment, selon la « Fondation Métamorphose » ?

– Au-delà de la vision habituelle de l’écologie qui vise à réduire l’impact de notre empreinte négative sur l’environnement. Dans l’esprit C2C, ce qui signifie « du berceau au berceau », en augmentant notre empreinte positive sur l’environnement, pas seulement en termes d’écologie, mais du point de vue sociétal en entier. Au rythme actuel d’émissions de gaz à effet de serre, le dérèglement climatique est susceptible de provoquer le déclin de l’humanité, d’ici quelques décennies. La protection de l’environnement demeure la meilleure arme pour lutter contre les gaz à effet de serre, pour protéger la biodiversité, et améliorer la qualité des sols et des océans. Réduire son empreinte écologique, c’est ce que permet, entre-autres, cette nouvelle pratique funéraire, l’humusation, basée sur la permaculture. Pour un départ vers une nouvelle vie.

– Votre analyse de la situation écologique de la planète est juste et, depuis une douzaine d’années, « Fréquence Terre » et ses radios partenaires, soit un potentiel de quelque 500 000 auditeurs, œuvrent pour informer et conscientiser au maximum les citoyens face à ce défi planétaire. Ceci étant précisé, venons-en à l’humusation et à votre projet de Jardin-Forêt.

– La pratique de l’humusation comprend aussi un espace de mémoire et de recueillement, appelé le Jardin-Forêt, dans lequel les amis et la famille du défunt pourront le saluer, selon le rite qui leur conviendra. Le Jardin-Forêt c’est le lieu ou le défunt va reposer, un lieu de recueillement  fleuri et boisé. Le jour de la cérémonie, un hommage pourra avoir lieu et être rendu là, en présence de sa famille et de ses amis et connaissances.

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Un retour à la nature comme ultime volonté.

– Vous évoquez la pratique de l’humusation, concrètement en quoi cela consiste-t-il ?

– Le corps du défunt sera placé au milieu d’un compost d’environ 3 m³  dans lequel il sera transformé en humus sain et vivant. Selon les croyances et traditions du défunt et de sa famille, une croix ou une stèle en bois sera implantée pendant cette phase capitale de transformation. Bien entendu, ce seront des fleurs naturelles, que l’on trouvera lors des cérémonies, et au Jardin-Forêt,  pas des fleurs en plastique ou couvertes de pesticides ou d’insecticides. La permaculture permet tout cela très facilement, avec une profusion de fleurs été comme hiver. Il s’agit d’un processus contrôlé de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyats de bois d’élagage, qui transforme, en 12 mois, les dépouilles mortelles en Humus sain et fertile.  La transformation se fera hors sol, le corps étant déposé dans un compost et recouvert d’une couche de matières végétales broyées que les Humusateurs ajusteront pour en faire une sorte de « monument vivant« .  En une année, l’humusation du défunt, réalisée sur un terrain réservé et sécurisé qui aura pour nom “Jardin-Forêt de la Métamorphose”, produira +/- 1,5 m³ de « super-compost ».

– S’il fallait résumer l’humusation, comment l’évoqueriez-vous ?

– L’humusation, contrairement à l’enterrement ne nécessite:

  • Pas de cercueil.
  • Pas de frais de concession dans un cimetière pendant 5, 10, ou 25 ans.
  • Pas de frais de pierre tombale, ni de caveau.
  • Pas de frais d’embaumement, ni l’ajout de produits chimiques nocifs.
  • Pas de charge d’entretien régulier de la tombe pour les proches.
  • Et ne provoque pas de pollution des nappes phréatiques par la cadavérine, la putrescine, les résidus de médicaments, les pesticides, les perturbateurs endocriniens….

L’humusation, contrairement à l’incinération ne génère:

  • Pas de rejets toxiques dans l’atmosphère, ni dans les égouts.
  • Pas de consommation déraisonnée d’énergie fossile (+/- 200 l d’équivalent mazout/personne).
  • Pas de location de columbarium.
  • Pas de détérioration des couches fertiles du sol lors la dispersion des cendres.

Au contraire, l’humusation crée un humus riche, utilisable pour améliorer les terres. Un processus de remise à la terre doux, respectueux de la personne et durable.

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Un geste écologique extraordinaire après sa mort : participer à l’éclosion de la nature (Photo : Fondation Métamorphose)

– Hélas, trois fois hélas, il y a un problème majeur !

– L’obstacle à lever, c’est la loi. Sans  modification de la loi, seules l’inhumation et l’incinération sont autorisées.

– Il faudrait, donc, une mobilisation citoyenne pour faire modifier cette loi et la « Fondation Métamorphose » s’y emploie. Ça, c’est pour la Belgique. Et en France ? La problématique est la même, selon Alexandre Vella, dans un article paru il y a quelques mois sous le titre « Comment mourir en France sans pourrir la planète »[3] : « Les deux seules pratiques autorisées en France à ce jour sont l’inhumation et la crémation. »

Et de préciser que l’Association Française d’Information Funéraire (AFIF) a calculé qu’une crémation rejette environ 160 kg de gaz à effet de serre, 39 kg pour une inhumation, mais qu’au bout d’une cinquantaine d’années ce chiffre passe à 170 kg. Une autre catastrophe écologique, est le nombre important de problèmes de santé relevés aux abords des 150 crématoriums français.

Donc, la décision en faveur d’une législation de l’humusation est entre les mains des politiques.

Pour ma part, j’ai reçu des autorités communales de mon domicile la réponse suivante : « La problématique que vous soulevez relève d’une compétence régionale. » Et de spécifier qu’il avait été demandé au chef du département de la Population-État civil de tenter, j’ai bien dit tenter, de prendre des renseignements auprès de l’Association des Villes et Communes de la Région de Bruxelles-Capitale.

Il va de soi que, si ma lanterne devait être éclairée en ce domaine, les auditeurs de « Fréquence Terre » et de nos radios partenaires seraient mis au courant. C’est le cas de le dire.

Néanmoins, il faut qu’ils sachent qu’il y a dix-neuf maires pour Bruxelles et une soixantaine de ministres et de secrétaires d’État fédéraux, régionaux, communautaires en Belgique, ce qui laisse deviner des décisions s’apparentant à ce que l’on nomme souvent un « train de sénateur ». Quant à la France, toujours en rade au niveau de la législation sur l’euthanasie, par exemple, je pense que, vue depuis Bruxelles, le monde politique de l’Hexagone est surtout braqué sur les élections présidentielles de l’an prochain.

Mais, grâce à l’inlassable travail d’organisations prônant l’humusation et à diverses pétitions, restons optimistes. Ne dit-on pas que « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » ?

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[1] Fondation Métamorphose : metamorphoseproject.wordpress.com et sur Facebook.

[2] www.humusation.org

[3] www.vice.com

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Pierre Guelff
Pierre GUELFF est journaliste, écrivain (Éditions Jourdan) et chroniqueur radio. À travers ses ouvrages, ses émissions et ses chroniques, il défend avec passion la Nature, les notions de « Terroir », de « Tradition »… À « Fréquence Terre », il anime “Littérature sans Frontières”, "Nature sans Frontières" et "La Nuit porte conseil". Sur son site officiel retrouvez toutes ses émissions radio et tv (RTBF, VivaCité, TV5 Monde), ses ouvrages, sa biographie... Son site officiel

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