1:13 - dimanche décembre 4, 2016

Du neuf sur la migration des anguilles !

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SARGASSES. Insaisissable anguille! Le mystère de sa migration et de sa reproduction perdure malgré les efforts scientifiques déployés depuis plus d’un siècle. Aussi faut-il saluer l’étude publiée dans Science Advances. On en sait en effet un peu plus sur un voyage au long cours de 5000 à 10 000 km selon les rivières de départ d’un poisson qui dépasse rarement les 70 centimètres de long! L’équipe européenne mobilisée (de la Suède à la Méditerranée, il n’y a qu’une seule espèce d’anguille ce qui implique une gestion continentale) devra encore attendre pour avoir la preuve de la présence d’une anguille argentée (couleur de la peau d’un reproducteur) dans les Sargasses, mais les dates de départ et d’arrivée sont désormais connues. Il aura fallu pour cela équiper de tags électroniques 707 individus adultes prêts à migrer provenant des mers Baltique, Celtique et Méditerranée. 206 balises ont été effectivement récupérés. La route migratoire a pu être reconstituée pour 80 anguilles. Toutes s’arrêtent aux Açores alors qu’il reste plusieurs milliers de kilomètres à parcourir.

Des lentes et des rapides

LEPTOCÉPHALES. On sait désormais avec certitude que la migration se déroule entre octobre et décembre. Les captures de larves d’anguilles -les leptocéphales- effectuées en mer des Sargasses montrent qu’elles éclosent à partir de décembre avec un pic en février. Ces dates sont bien connues car on sait précisément grâce à des éclosions provoquées en laboratoire qu’une larve fait 3 millimètres à la naissance et qu’il ne lui faut que six jours pour doubler sa taille. Cela signifie-t-il que les anguilles mettent quelques semaines seulement pour traverser l’océan ? Pas nécessairement révèle cette étude. Les comportements des géniteurs sont en effet très différents. Selon les calculs des chercheurs, 5% des reproducteurs arriveraient sur les zones de reproduction en février au moment du pic de naissance des leptocéphales et 12% juste après leur émergence. Ces individus les plus rapides sont capables de parcourir jusqu’à 52 kilomètres par jour. 65% des anguilles en revanche arrivent après la période de gestation et certaines mettent plus d’un an pour faire le voyage à un rythme de 3 kilomètres par jour. Le pic de naissance de février est donc le fait des anguilles les plus rapides de l’année et des plus lentes de l’année précédente. La migration pourrait ainsi durer jusqu’à 450 jours. Une migration longue et lente pourrait permettre de donner le temps à l’animal d’achever sa maturité sexuelle et de trouver plus facilement les lieux communs d’accouplement. Ce constat nouveau bat en tout cas en brèche l’affirmation que les anguilles ne se nourrissent pas pendant leur trajet de retour. « Nous pensons que ces animaux font des compromis entre les dépenses d’énergie et les bénéfices qu’ils comptent en tirer, expose Eric Feunteun, l’un des auteurs de l’étude. Ce que nous ignorons, c’est si ces comportements proviennent d’un héritage génétique ou autre, où s’ils sont conditionnés par les conditions environnementales rencontrées dans la mer ».

Les balises montrent en revanche un itinéraire commun. Qu’ils soient suédois ou méditerranéens, ces poissons rallient invariablement les Açores, dédaignant pour les plus nordiques, la voie la plus courte. Ils ont tous les mêmes habitudes: la nuit, ils nagent en surface tandis qu’en journée, ils croisent à des profondeurs variant entre 200 et 1000 mètres. Ce comportement est généralement expliqué par un évitement des prédateurs, ce qui n’est pas toujours efficace. Sur les 500 anguilles dont la balise n’a pas pu être récupérée, un bon nombre a été dévoré par des thons ou des mammifères marins.

Mieux connaître les facteurs environnementaux

Ces travaux devraient permettre d’affiner les méthodes de gestion des différents stocks d’anguilles. Les effectifs de cette espèce d’intérêt commercial ont en effet décliné de 95% ces trente dernières années si bien qu’elle est désormais classée en « danger critique d’extinction ». Le déclin est principalement attribué à une surpêche (désormais encadrée) des alevins d’anguilles dans les estuaires principalement français (Loire, Adour, Garonne) et aux barrages, seuils et autres obstacles qui empêchent la remontée dans les rivières. Mais une connaissance plus fine de la migration, devrait aussi permettre de préciser les facteurs climatiques et environnementaux qui affectent la reproduction de l’espèce. De nouvelles campagnes de tagages d’animaux vont avoir lieu. « Nous espérons que les progrès techniques nous permettront à l’avenir d’équiper les anguilles de balises de 10 grammes au lieu des 30 grammes actuels car il est possible que ce soit l’appareillage trop lourd qui empêche les individus équipés d’aller plus loin que les Açores » précise Eric Feunteun.

Lire l’article complet : Sciences et Avenir

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