1:34 - lundi décembre 5, 2016

COP 22 : l’Afrique vise l’indépendance alimentaire grâce à sa paysannerie

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PLAIDOYER. L’Initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine (AAA) est une affaire rondement menée. Lors de la COP20 à Lima en 2014, les négociateurs décident d’un diagnostic sur l’agriculture africaine. Le Maroc s’empare du sujet dans une volonté de coopération entre pays du sud. A la COP21 de Paris en 2015, 90% des pays africains demandent qu’on les aide à adapter leur agriculture au changement climatique. Au salon international de l’agriculture de Mekhnès (Maroc) en avril 2016, l’AAA est créé. 13 pays africains y adhèrent ainsi que la France et l’Espagne. A la COP 22, les 42 premiers projets sont présentés. La Banque Mondiale, la Banque africaine d’investissement, les financeurs nationaux comme l’Agence française de développement (AFD) mettent la main à la poche. A la manœuvre, Mohamed Badraoui, directeur de l’Institut national de recherche agronomique (INRA) du Maroc. Qui résume les raisons du succès : «  Un plaidoyer, des solutions, et des projets ».

Plante ingrate, le figuier de barbarie a l’avantage de se suffire de l’humidité de l’air pour pousser. Dans le sud marocain, sa culture permet de dégager des revenus dans la vente des fruits et dans la transformation en produits de cosmétique. Les plantations permettent également de stopper l’érosion des sols. Photo DR

Le plaidoyer se construit à partir de constats alarmants. Si rien n’est fait, 2/3 des terres arables africaines seront perdues en 2025 à cause de la désertification. 715 millions d’hectares ont été déforestés ou sont dégradés. La production agricole africaine pourrait baisser de 20% d’ici 2050 du fait du réchauffement climatique. Il faudra pourtant tripler la productivité pour nourrir une population qui va doubler et atteindre 2 milliards d’habitants. « Mais le potentiel est immense, plaide Mohamed Badraoui. Les 715 millions d’hectares dégradés peuvent être restaurés et 65% des terres arables inexploitées de la planète se trouvent en Afrique ». Les promoteurs de l’AAA plaident donc pour un investissement massif dans l’agriculture africaine. Celle-ci ne mobilise que 4% des fonds publics sur le climat alors qu’elle concentre 40% des emplois du continent. Les agronomes en sont persuadés : l’Afrique peut atteindre son autosuffisance alimentaire malgré l’augmentation de sa population. Elle pourrait même exporter des surplus!

Le salut passe par des petits paysans exploitant moins de cinq hectares

AGROFORESTERIE. Les solutions passent par une revitalisation du tissu des petits paysans.  » Cette agriculture traditionnelle est capable de se moderniser très rapidement en utilisant les nouvelles techniques agronomiques, les énergies renouvelables, le numérique, poursuit Mohamed Badraoui. C’est un terrain d’innovations qui représente de plus un immense vivier d’emplois pour les jeunes africains ». Ce que propose le royaume chérifien, c’est de dupliquer à l’échelle du continent le modèle du « Maroc vert » que le pays décline depuis une décennie. L’Etat finance le développement des petits agriculteurs cultivant moins de cinq hectares en leur fournissant des semences et de l’engrais, en développant des cultures économiquement rentables et en les organisant en coopératives pour qu’ils accèdent aux marchés. Avec des résultats spectaculaires. Ces dernières années, plus de 500 000 hectares de terres marocaines irriguées (sur un total de 1,6 million d’hectares) ont été converties au goutte à goutte pour économiser l’eau sans faire baisser les rendements, le tout sur aide de l’Etat pour éviter d’endetter de petits paysans.

En Côte d’Ivoire, le programme AAA finance des analyses de sol. Les agriculteurs connaissent ainsi l’état agronomique de leurs champs. Les techniciens peuvent les conseiller sur les quantité d’engrais à apporter. Photo DR

 » Les sols, c’est l’enjeu majeur », poursuit Mohamed Badraoui. La plaie de l’agriculture africaine, ce sont ces couches géologiques anciennes, latéritiques, très pauvres en matière organique. En moyenne, ces terres ne reçoivent au mieux que 15 kilos d’engrais par hectare et par an, soit moins de 10% de ce que reçoit un champ en France. AAA prévoit donc de renforcer l’expertise agronomique avec des analyses de sol qui donnent une idée des besoins en intrants selon les cultures envisagées. Ensuite, l’initiative s’appuie principalement sur l’agro-foresterie et l’agro-écologie. Ces deux systèmes améliorent très rapidement la fertilité des sols tout en assurant des revenus grâce à l’arboriculture. Enfin, l’utilisation de l’eau est raisonnée grâce à des techniques d’irrigation comme le goutte à goutte. Aujourd’hui, 5% des terres africaines sont irriguées alors qu’un quart pourraient l’être.

Le programme se met en branle. A Marrakech, de nouveaux pays africains se sont joints à l’AAA qui regroupe aujourd’hui la moitié du continent. La France et la trentaine de pays qui ont rejoint l’initiative « 4 pour mille » d’amélioration de la qualité organique des sols qui piège le carbone de l’air, financent une opération au potentiel de développement important. Non seulement l’Afrique peut y gagner l’indépendance alimentaire, mais elle peut aussi fournir des emplois aux nouvelles générations, stopper en partie l’immigration et restaurer l’écologie africaine. Les 42 premiers projets présentés à Marrakech dessinent en tout cas les prémices d’un développement agricole différent.

Lire l’article complet : Sciences et Avenir

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