1:10 - vendredi août 18, 2017

Des requins et des hommes : l’impact du shark-feeding

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NOURRISSAGE. La fascination et le danger. Voilà deux éléments qui poussent de nombreuses personnes à plonger dans les eaux polynésiennes pour aller nourrir… des requins. Cette activité qui peut sembler attirante a néanmoins des impacts sur ces poissons et sur le reste de l’écosystème. C’est ce qu’a étudié Pierpaolo Breno, doctorant à l’École Pratique des Hautes Études au sein du Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement (CRIOBE). Le shark-feeding, comme cette pratique est appelée, consiste à nourrir les requins à la main ou à l’aide d’une petite perche afin d’observer au plus près ces animaux. Sans accompagnement de qualité, ces petites virées peuvent s’avérer dangereuses, puisque les requins demeurent des animaux sauvages et imprévisibles. Il ne faut donc pas faire de gestes brusques, paniquer ou encore les nourrir si une tension se fait sentir.

Des requins plus nombreux et plus agressifs ?

Pierpaolo Breno a cherché à découvrir si les requins, et plus particulièrement les requins-citrons et les requins-tigres, étaient plus agressifs dans les zones de shark-feeding et si cela les rendait sédentaires. Ces espèces peuvent, en effet, respectivement migrer à des distances d’environ 3000 km et 2000 km de leur endroit d’origine. Plusieurs sites de shark-feeding ont été choisis pour l’étude : deux sites au large de Moorea et Tahiti, et d’autres tout autour de Tetiaroa, Maiao et Mehetia. Il a fallût tout d’abord identifier chaque requin à l’aide de caractéristiques physiques facilement reconnaissables à l’œil nu : tâches sur le corps, forme des nageoires etc. Ensuite, des balises ont été posées sur chacun d’eux afin de suivre leurs déplacements et de les localiser.

Carte de la Polynésie française – Crédit : Google Maps

À la suite de plus de deux ans d’observations, le chercheur a constaté que les requins avaient tendance à s’agglomérer dans les zones de shark-feeding, alors qu’un peu plus loin les requins ne faisaient que passer de manière occasionnelle et étaient généralement seuls. Cette pratique, en plein essor depuis les années 80, provoque donc une modification comportementale chez ces deux espèces de requins. Mais qui dit regroupement dit forcément augmentation de l’agressivité entre individus pour accéder à la nourriture ? « Quand vous augmentez la densité de requins en les attirant avec une quantité limitée de nourriture, vous augmentez en théorie la compétition entre animaux« , explique le doctorant. Ce genre d’événement ne se produit que rarement dans la nature, lorsqu’une baleine meurt et que sa carcasse flotte en surface, par exemple. Dans cette situation de nourrissage artificiel, de nombreux comportements de dominance ont été noté. « Chaque requin a une place bien précise au sein du groupe« , continue-t-il. Grâce aux balises, il a pu noter la position des requins les uns par rapport aux autres et a remarqué qu’ils s’organisaient en ce qui est appelé un réseau social. Il a également remarqué que plus les requins étaient habitués à se nourrir à ces endroits, plus ils devenaient tolérants envers les autres individus du groupe, respectant de plus en plus la hiérarchie nouvellement installée. « Les comportements d’agression et de soumission sont très coûteux en énergie pour ces requins et peuvent contribuer à l’augmentation du risque de morsure accidentelle« , met en garde Pierpaolo Breno. Habituellement craintifs, ces requins vont peu à peu associer l’homme au « fournisseur de nourriture » et vont s’approcher davantage ce qui est une cause supplémentaire de risque. Sans compter que la nourriture attire d’autres espèces susceptibles d’attaquer les plongeurs comme les murènes ou les poissons labres. Le chercheur souligne également le manque de réglementations concernant cette activité, pouvant être une source de risque pour les plongeurs : le nombre de plongeurs n’est pas défini, les techniques de nourrissage non plus etc.

Le shark-feeding, entre enjeux environnementaux et enjeux sociétaux

Bien que le shark-feeding ait été interdit dans certains pays comme la Nouvelle-Calédonie, les Maldives, les États-Unis cette activité existe encore. Depuis 2006, un arrêté a été signé en Polynésie interdisant la pêche des espèces de requins protégés et déclarant que « dans les lagons, les passes et dans un rayon de 1 kilomètre centré sur l’axe de la passe, toute activité, à titre gratuit ou onéreux, basée sur l’observation des requins préalablement attirés par l’homme, par le biais notamment de nourriture communément appelé “shark feeding”, est interdite ». Les personnes ne respectant pas cela peuvent encourir une peine de 3 mois de prison et une amende plus de 8000 €. Cela a pour but de dissuader les plongeurs en quête d’aventure d’aller perturber les requins des récifs. Nourrir les requins artificiellement perturbe l’écosystème puisque les requins constituent de vrais nettoyeurs des océans, en mangeant les poissons malades et parasites. Pour Denis Lagrange, un cinéaste sous-marin, le shark-feeding pourrait, au contraire, être bénéfique aux récifs. À certains endroits, ces poissons manquent cruellement ; ce genre d’action pourrait les faire revenir.

Mais le problème est aussi économique. Car le « shark-feeding » est florissant et fait vivre de nombreuses îles. À Palau et Moorea, les requins récifaux rapportent entre 120.700€ et 286.600€. Alors, pour Pierpaolo Breno, ne faudrait-il pas se focaliser sur le tourisme pour répondre aux attentes des visiteurs d’une manière plus respectueuse de l’environnement ? Par exemple, en incitant les pêcheurs à se tourner vers la plongée, en milieu naturel, sans nourrissage, pour observer les requins ? De cette manière, les touristes pourraient admirer ces animaux sans les perturber et l’économie locale tournerait tout aussi bien. « C’est une bonne occasion de faire travailler ensemble les scientifiques, les acteurs écologistes et les citoyens« , conclut le doctorant.

Lire l’article complet : Sciences et Avenir

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