1:20 - dimanche décembre 11, 2016

Comment les abeilles choisissent-elles le pollen ?

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ÉVALUATION. La nature abonde d’une multitude de fleurs de formes et de couleurs variées, avec tout autant de pollens associés. Et chacun d’eux possède une valeur nutritive et une composition différente ! Il est également crucial dans le nourrissage des larves, la croissance des adultes et la maturation sexuelle. C’est donc un défi de taille que les abeilles doivent relever pour sélectionner et évaluer le pollen afin de choisir celui qui sera le plus nutritif et le plus abondant, en économisant un maximum d’énergie. Mais comment se débrouillent-elles ? Si l’on connaissait déjà quelques éléments sur leur technique, des chercheurs de l’Université Exeter ont cherché à comprendre l’ensemble des mécanismes « mécasensoriels » (à la fois mécaniques et sensoriels, donc).

Une approche multisensorielle et mécanique

 » Il semble que les abeilles ne répondent pas à un seul composant du pollen, comme la teneur en protéine brute, mais à une gamme de signaux sensoriels dans le pollen et la fleur, explique le Dr Natalie Hempel de Ibarra, experte en neuroéthologie des insectes. S’il est aisé de déterminer la valeur nutritive du nectar, un suc produit par les fleurs, il est beaucoup plus compliqué d’évaluer celle des différents pollens puisqu’elle est très variable. Sachant que les abeilles se nourrissent rarement directement sur la fleur et récoltent plutôt des échantillons dans des « sacs » appelés corbiculas sur leurs pattes ou sur leurs poils, elles doivent utiliser d’autres sens pour l’analyser. Pourquoi ne le gouttent-elles pas plus souvent ? Selon les scientifiques, cela serait dû au faible nombre de gènes récepteurs au goût qu’elles possèderaient, par rapport aux autres insectes (10 contre 23 chez les bourdons et 76 chez les drosophiles). En plaçant du pollen riche en acides aminés sur un coton, composant 20% du pollen, ils se sont aperçus que les abeilles présentaient un comportement de récompense, caractérisé par un allongement de leur proboscis. Lorsque les chercheurs ont renouvelé l’expérience avec une solution de saccharose, autre composant du pollen, aucune association récompense-aliment n’a été observée. Elles seraient alors plus sensibles aux acides aminés mais leur goût serait très limité concernant les autres composants.

Comportement de récompense caractérisé par l’allongement du proboscis – © University of Exeter

Heureusement, leur sens de la vue semble plus développé. Bien que leurs yeux soient de petite taille et à faible résolution spatiale, leurs capacités visuelles sont très bonnes. Il semblerait que les abeilles aient des préférences de couleurs de fleurs et butineraient alors ces dernières plus souvent. Pour vérifier que cela était associé à la qualité du pollen, les chercheurs ont présenté deux ronds de couleurs différentes avec du pollen très nutritif et un second non nutritif. Tout d’abord, le meilleur pollen était associé à la fleur préférée des abeilles, puis ils ont inversé en le plaçant dans la fleur de l’autre couleur. Résultat, les insectes se sont adaptés et sont allés vers l’autre fleur, montrant bien qu’elles ne choisissent pas leurs couleurs préférées au hasard. Cependant, à cause de la faible résolution qu’offrent leurs yeux, quand la corolle de la fleur et l’anthère (organe de la fleur où se trouve le pollen) sont de couleurs similaires, les abeilles vont davantage sur la corolle, sûrement car elle est plus grosse et donc plus visible.

Test de corrélation entre couleur préférée des abeilles et teneur nutritive du pollen – © University of Exeter

Si le goût et la vue ne fournissent que des informations partielles, les chercheurs pensent que les abeilles utilisent un troisième sens pour tester le pollen : l’odorat. Les abeilles peuvent sentir (et goûter) grâce à leurs antennes qui sont composées de chimiorécepteurs. L’équipe de chercheurs anglais a remarqué que les abeilles pouvaient distinguer les odeurs de tous les types de fleurs, et ainsi des pollens, et qu’elles préfèreraient les pollens à forte odeur. Dans la nature, cela semble tout de même plus compliqué puisque les fleurs sont mélangées et que leurs odeurs sont entremêlées avec celles des éléments environnants.

Enfin, il est également connu que les abeilles utilisent des mouvements vibratoires pour secouer les anthères et faire tomber le pollen. Elles adapteraient la durée et l’amplitude des coups portés, en réponse à l’état et au type de fleurs pour optimiser le ratio coût/bénéfice de cette action. De plus, elles sont capables de détecter les champs électriques qui stimulent leurs poils mécanosensoriels. Une fois le pollen prélevé, le potentiel électrique des fleurs serait altéré et les abeilles pourraient alors savoir si une fleur a déjà été butinée ou non.

Des processus cognitifs et sociaux

Et ce n’est pas fini.  » Elles se souviennent aussi des endroits et des types de fleurs qu’elles ont visités qui affectent leurs décisions de butinage, continue la chercheuse. L’expérience jouerait également un rôle. Une abeille ayant été habituée à prélever du pollen riche en acides aminés aura tendance à retourner préférentiellement vers ce genre de pollen à l’avenir. Le choix du pollen influence aussi les congénères puisque les abeilles, une fois de retour au nid, vont effectuer une danse durant laquelle elles indiqueront la distance où il se trouve par rapport au nid, la direction par rapport au soleil et la qualité du pollen trouvé, en déposant un échantillon se trouvant sur ses pattes.

Danse des abeilles. La danse des abeilles a une forme de 8. L’abeille va se placer selon la direction où se trouve le pollen vis-à-vis du soleil. Ensuite, plus la danse se fait lentement, plus le pollen est éloigné du nid. Enfin, plus le nombre de tours effectués est grand, plus le pollen est riche et nutritif.

Lire l’article complet : Sciences et Avenir

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