10:49 - mardi décembre 6, 2016

Le sonar ultra-performant du narval

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ÉCHOLOCATION. CLIC, CLIC, CLIC. Voilà les sons étranges que l’on peut entendre sous les glaces de l’Arctique, dans la baie de Baffin au Groenland. Ces cliquetis sont émis par le narval, Monodon monoceros, la fameuse licorne des mers, qui les utilise pour se repérer sous l’eau. C’est en étudiant ces fascinants animaux que Kristin Laidre, une écologiste, et ses collègues de l’Université de Washington, ont pu inspecter plus en profondeur ce système étonnant d’écholocation que l’on retrouve également chez d’autres animaux tels que les dauphins ou les chauves-souris. Cette espèce est représentative des eaux arctiques et son suivi est très important pour comprendre les possibles impacts de la pollution sonore émise par les bateaux et la fonte des glaces. Leurs comportements et leurs déplacements ont donc été observés via un hélicoptère et l’écholocation a pu être mise en évidence grâce à 16 micros placés sous l’eau.

Écholocation. Il s’agit d’un système sensoriel directionnel utilisé par de nombreux animaux. Ils émettent des sons sous forme d’ondes qui vont rebondir sur tous les objets se trouvant autour d’eux, leur apportant des informations concernant leur localisation et leur nature. Cela leur permet de se représenter leur environnement en 3D.

Un sonar multidirectionnel et efficace

« Je me suis toujours demandé comment ces animaux nageaient sous la glace, et comment ils arrivaient à trouver ces petites ouvertures pour respirer« , raconte la scientifique. En effet, les narvals, tout comme les baleines, ont besoin de remonter à l’air libre pour respirer, à travers la glace qui recouvre une bonne partie de la surface de l’eau. Grâce à cette étude, la réponse est maintenant connue. Ces animaux utilisent des clics sonores pour balayer la colonne d’eau et ainsi reconstruire une image de l’environnement avec une résolution supérieure à celle de n’importe quel autre animal, et il se pourrait même qu’elle soit meilleure que celle des bélugas. Ces sons ne sont pas audibles à l’oreille humaine et ne sont détectables que grâce à des micros spéciaux. Ils ne seraient pas émis par la longue dent qu’ils arborent à l’avant de leur tête puisque l’écholocation est retrouvée également chez les femelles qui, elles, ne possèdent pas cet attirail. Selon les chercheurs, les cliquetis seraient produits par des lèvres phoniques, équivalentes aux cordes vocales chez l’humain. « Ces cliquetis sortent de la tête du narval qui fonctionne comme une lentille de verre, regroupant les sons ensemble et les envoyant en un faisceau étroit qui voyage à travers l’eau, frappant tout ce qui se trouve sur son chemin » explique le bio-acousticien Jens Koblitz, un des auteurs de l’étude.

Le faisceau envoyé peut se rétrécir et s’élargir, rendant ce type de sonar particulièrement directionnel ; cela est ordinairement obtenu avec un émetteur de grande taille et une haute fréquence. Cependant, les narvals réussissent à obtenir le même résultat en émettant des sons à basse fréquence, réduisant ainsi l’écho sur la glace par exemple. Cela pourrait permettre aux narvals de s’approcher plus discrètement des proies lorsqu’ils chassent et plongent en profondeur, comme de repérer les ouvertures, aussi petites qu’elles soient, dans la glace pour aller respirer. Selon les chercheurs, il s’agirait du sonar le plus directionnel jamais enregistré dans le monde animal. « Les narvals ont une vie secrète au fin fond de l’Arctique, mais cette étude en a dévoilé une partie« , s’émerveille Mads Peter Heide-Jørgensen, un écologiste ayant participé à cette découverte. Ces nouvelles données pourraient bien servir à protéger les narvals en informant sur les possibles conséquences que pourraient provoquer les perturbations sonores d’origine anthropiques sur ces animaux marins.

Lire l’article complet : Sciences et Avenir

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