3:29 - samedi décembre 3, 2016

Des températures alarmantes en Arctique

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Imaginez que le thermomètre affiche 30°C en moyenne dans l’hexagone en cette fin de mois de novembre 2016. Cette situation que l’on pourrait croire inimaginable a lieu actuellement au pôle Nord. La température à la mi-novembre a atteint un incroyable pic à environ -5°C, alors que la moyenne des températures en cette période est habituellement plutôt aux alentours de -25°C, a constaté l’Institut météorologique danois.

Légende image : Évolution des températures de l’Arctique (exprimées en °Kelvins) en 2016 (courbe rouge) au fil des jours, et comparaison avec l’indice climatique ERA40 qui représente la moyenne des températures sur la période 1957 – 2002. © DMI

Et sur ces quatre dernières semaines, le thermomètre est resté 9 à 12°C au-dessus de la normale. En conséquence, la surface de banquise est elle aussi à des niveaux historiquement bas pour un mois de novembre. Elle ne recouvre que 8,8 millions de km carrés, soit environ 3 millions de moins que de coutume à cette période.

Légende image : Évolution saisonnière de la surface couverte par la banquise dans l’arctique. Chaque courbe représente une année. 2016 est matérialisée par la courbe rouge, la courbe la plus basse au 23 novembre 2016. Cliquez sur l’image pour accéder à sa version interactive. © National Snow & Ice Data Center

Un cercle vicieux du climat

À la fin de l’été 2016, l’étendue des glaces arctiques était déjà la deuxième plus faible jamais enregistrée (4,14 millions de km2), après celle de 2012 et son taux historiquement bas de 3,38 millions de Km2, selon le Centre de données sur la neige et la glace (NSIDC) américain. En octobre, elle n’était remontée qu’à 6,4 millions de km2, soit un tiers de moins par rapport à la moyenne de 1981-2010 : la plus faible superficie pour cette saison depuis le début des relevés satellitaires en 1979 !

La climatologue Valérie Masson-Delmotte n’est pas surprise : « C’est un record remarquable. Il peut être lié aussi à l’aléa de la météo, mais c’est le type de choses auxquelles on s’attend de toute façon dans un climat qui se réchauffe« . A l’origine de cette pointe, des vents du sud et la chaleur des océans, auxquels s’ajoute cette année le courant cyclique El Nino. Or le phénomène s’auto-alimente : la fonte de glace est une conséquence de la chaleur, mais elle en est aussi une cause. « La banquise a un rôle d’isolant, qui empêche la chaleur de l’océan (-2° près du pôle) de passer vers l’atmosphère, préservant ainsi un air froid« , explique la scientifique, co-présidente du GIEC. A l’inverse, « l’absence de glace favorise le transfert de chaleur de l’océan vers l’air. Cela fait partie des cercles vicieux » du climat.

« De la glace ancienne disparaît. Elle n’a plus le temps de se reconstituer et de retrouver une épaisseur suffisante pour tenir l’été »

Chercheur au DMI, Martin Stendel insiste sur le réchauffement cumulé de l’océan ces années passées, sous l’effet du dérèglement du climat. « Vu le réchauffement océanique, la reprise de la glace intervient de plus en plus tard et la fonte de plus en plus tôt« , note-t-il. « De la glace ancienne disparaît. Elle n’a plus le temps de se reconstituer et de retrouver une épaisseur suffisante pour tenir l’été » (…) C’est « la spirale vers le bas« , que l’on peut constater dans cette vidéo de la Nasa :

Les chercheurs annoncent ainsi à moyen terme un océan Arctique libéré des glaces l’été, regagnant seulement une banquise fine l’hiver. Pour certains cela pourrait se produire dès 2030. « Pour +2°C de réchauffement global, on s’attend à une situation de ce type-là, même si on ne sait pas encore quand« , dit Mme Masson-Delmotte. La communauté internationale s’est engagée à contenir le mercure mondial sous 2°C par rapport à avant la Révolution industrielle, en limitant les gaz à effet de serre (issus pour l’essentiel de l’usage du charbon, du gaz et du pétrole). Le réchauffement généré par chaque tonne de CO2 émise (soit un vol New York-Paris pour un passager) entraîne la disparition de trois m2 de glace arctique, a récemment montré une étude. Mais les engagements nationaux sont encore insuffisants. Parmi les nombreux impacts du réchauffement, la seule fonte de la cryosphère arctique a des conséquences majeures. La banquise régule la température mondiale par son « effet miroir » l’été, permettant, par la blancheur de sa surface, de renvoyer le rayonnement solaire dans l’atmosphère. Son recul amplifie le réchauffement global, et l’accentue particulièrement sur les continents voisins. La fonte a aussi des effets sur la densité de l’eau de mer, car ce rejet supplémentaire de sel « agit sur la formation des grands courants océaniques profonds« , souligne Mme Masson-Delmotte. « Tous ces effets sont intimement liés les uns aux autres« , rappelle-t-elle, et appréhender l’impact du recul de la banquise sur la dynamique de l’atmosphère est devenue une priorité des scientifiques.

Avec AFP

Lire l’article complet : Sciences et Avenir

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