8:00 - samedi décembre 10, 2016

De plus en plus d’éléphants naissent… sans défense

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Les éléphants seront-ils bientôt tous sans défense ? De plus en plus d’éléphants avec des incisives drastiquement écourtées sont observés en Afrique. Dans le parc national Addo en Afrique du Sud, cela concernerait jusqu’à 98 % des 174 spécimens présents. Dernière manifestation de ce phénonème : au Mozambique, dans la région de Gorongoza. Pour Joyce Pool, experte animalière et directrice de l’association Elephant voices, le braconnage pourrait en être une cause indirecte. Comme expliqué dans le documentaire ci-dessous produit par le Howard Hughes Medical Institute, l‘absence de défense est un trait génétique et principalement observée chez les femelles en Afrique. L’étude des éléphants d’Afrique aurait permis d’estimer que dans les populations très peu affectées par le braconnage, les femelles « sans défense » ne représenteraient en moyenne que 2 à 6% de la population. Ce chiffre augmenterait significativement dans les pays où le braconnage sévit, à l’instar du Mozambique ayant connu de surcroît une guerre civile (1976-1992). Le braconnage était particulièrement intensif puisque l’ivoire permettait d’acheter des armes et des munitions. Les femelles « sans défense », moins visées, auraient naturellement été préservées de cette hécatombe. Selon l’enquête de Joyce Pool, 50% des femelles parmi les survivants de cette guerre civile (éléphants de plus de 20 ans) seraient « sans défense ». Ce trait étant génétique, la descendance (mâle ou femelle) aurait naturellement hérité de cette caractéristique, soit 33% des éléphants âgés entre 10 et 20 ans. Ainsi, le braconnage aurait eu une incidence sur la progression du nombre de pachydermes avec « des incisives atrophiées ».

« Selection for Tuskless Elephants« , Howard Hugues Medical Institute

Mais pour des chercheurs comme Anna M. Whitehouse, du département de zoologie de l’Université de Port Elizabeth en Afrique du Sud, cette pression de sélection exercée par les braconniers ne suffit pas à elle seule à expliquer une proportion aussi importante de ce type d’éléphants dans le parc national d’Addo en Afrique du Sud. Dans un article publié dans le magazine Journal of Zoology, elle explique qu’il faut remonter au XIX et début XXe siècle, lorsque des petites populations ont été isolées et cloîtrées… dans les parcs visant justement à leur préservation. La fragmentation des habitats aurait ainsi empêché les migrations et donc le métissage entre sous-populations d’éléphants. Dès 1995, une étude publiée à l’African Journal of Ecology identifiait ces différents facteurs. Elle observait déjà une progression de pachydermes aux « mini-défenses » (10,5% en 1969 pour 38,2% en 1989) dans des parcs de la province Orientale de Zambie, et l’attribuait en partie au commerce illégal d’ivoire. Mais entre 1989 et 1993, le pourcentage de femelles sans défense diminuait pour atteindre 28%. Ce résultat a été attribué à l’immigration dans ce parc de nombreux d’éléphants avec des défenses ordinaires venus des parcs adjacents. Ainsi, « l’isolement de sous-populations serait un facteur supplémentaire au braconnage massif pour expliquer l’appauvrissement du patrimoine génétique des éléphants d’Afrique » admet Jacky Bonnemains, porte-parole de l’association Robin des Bois. Des explications qui diffèreraient légèrement de celles concernant les éléphants d’Asie qui eux aussi perdent leurs dents, selon ce spécialiste : « depuis la nuit des temps, les femelles d’Asie n’ont pas de défense, mais au Sri-Lanka, nous avons constaté un nombre grandissant de mâles avec cette caractéristique. Pour les scientifiques,ce serait à la fois lié au braconnage, mais aussi à la capture prioritaire des éléphanteaux mâles pour animer des activités touristiques ou des cérémonies« .

Un désavantage sélectif

Cette évolution génétique ne fera que fragiliser les pachydermes : les défenses sont très utiles pour la préservation de l’animal. « Les éléphants en ont besoin pour la quête de nourriture, creuser des trous pour trouver de l’eau ou encore s’appuyer sur les troncs d’arbre et manger les feuilles. Ces défenses sont également primordiales pour les femelles afin d’éloigner les prédateurs de leurs progénitures. Et elles confèrent un avantage reproductif aux mâles lors de leurs parades sexuelles » déclare le porte-parole. Cette évolution génétique n’est même pas un avantage pour échapper au braconnage : l’ivoire reste une denrée précieuse quelle que soit sa taille. « Sur le marché noir actuel, la majorité des défenses pèsent entre 3 et 4 kilos, ce qui signifie qu’elles ont été arrachées à des jeunes ayant à peine atteint leur maturité sexuelle » explique Jacky Bonnemains, porte-parole de l’association Robin des Bois. Cette évolution génétique ne sera donc pas un frein au braconnage. Jacky Bonnemains estime qu’il ne reste, en tout et pour tout, que quelques dizaines de spécimens ayant des défenses entre 2 et 2,5 mètres. « Des monuments historiques » soupire t-il. Et nous ne pouvons alors que penser aux écrits de Romain Gary dans Les Racines du ciel : « L’Afrique perdra lorsqu’elle perdra les éléphants. Comment pouvons nous parler de progrès, alors que nous détruisons encore autour de nous les plus belles et les nobles manifestations de la vie ? ».

Lire l’article complet : Sciences et Avenir

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