5:44 - dimanche juin 25, 2017

Profession : éleveur de rennes en Laponie

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TRANSHUMANCE. Rudolf appartient au répertoire comique populaire avec son gros nez rouge, mais les représentants de son espèce gardent quelque chose de majestueux. Il faut voir les hardes de robes argentées, de plastrons blancs et de grands bois dont l’arborescence se mêle aux étendues mordorées de la toundra suédoise, quand juste à temps avant la nuit arctique, les rennes descendent dans la plaine pour rejoindre leurs pâturages d’hiver. Une transhumance, ici immortalisée en images, qui reste empreinte de sacré pour les éleveurs lapons… mais qui comporte de nombreux dangers, entre réchauffement climatique, surexploitation forestière et minières, sans oublier les attaques de gloutons, ces mammifères carnivores de la taille d’un petit ours. Reportage.

Les éleveurs samis rassemblent leurs rennes, près de Dikanaess en Suède / Crédits : AFP/JONATHAN NACKSTRAND

“De cette vie dépend mon identité. Quand, dans la montagne, on voit naître un faon, on oublie tous les ennuis”

Dès l’automne venu, les rennes abandonnent la montagne aux tétras (espèces proche du perdreau), guidés sur la bruyère par leurs propriétaires membres de la minorité autochtone sami, la seule autorisée en Suède à élever des rennes.“C’est une vie de peine, mais c’est la plus belle qui soit”, assure Margret Fjellström, qui possède plusieurs centaines de bêtes à Dikanäs, un village des contreforts des Alpes scandinaves situé à 800 kilomètres au nord de la capitale suédoise. “De cette vie dépend mon identité. Quand, dans la montagne, on voit naître un faon, on oublie tous les ennuis”. Domestiqué pour sa viande, sa fourrure et ses bois destinés à l’artisanat, le renne vit aussi à l’état sauvage en Suède, mais surtout en Norvège.

A Dikanäs (ou Gäjka en langue sami), les éleveurs en quad ou motoneige préparent la transhumance en menant des milliers de cervidés jusqu’à un vaste enclos. Là, les faons sont marqués, les adultes triés avant de partir vers des terres boisées riches en lichen, un élément précieux de leur alimentation. Lasso tournoyant au-dessus de son bonnet fourré, Margret Fjellström donne ses ordres, avec à la ceinture l’indispensable couteau qui lui sert à tailler la marque – titre de propriété – dans l’oreille des bêtes. Il faut aller vite. La nuit tombe avant 15h00, les animaux semi-domestiqués sont stressés et les hommes, épuisés. Sous le regard fasciné des enfants, ils couchent les rennes, les marquent et les vaccinent, chargent les bétaillères qui les conduiront aux pâturages d’hiver, 200 kilomètres plus à l’est.

Un homme sami attrape un renne pour le marquer / Crédits : AFP/JONATHAN NACKSTRAND

Un voyage semé d’embûches

Dans cette partie méridionale du “Norrland”, la transhumance ne se fait déjà plus à l’ancienne, en suivant la pérégrination naturelle des rennes à travers les étendues sauvages entrecoupées de tourbières, de forêts denses et de lacs. Car cette migration provoquée survient en réalité fin septembre, lorsque la couche neigeuse est encore fine et éparse. “Les eaux sont libres et donc infranchissables, ou alors la glace est trop fragile. Un éleveur d’un village sami situé un peu plus au nord s’est noyé début novembre”, rappelle Margret Fjellström. Pas d’autre choix que de prendre la route, même si cela coûte plus cher.

D’autres périls mortels guettent les rennes, dont les troupeaux sont déjà décimés par une mortalité élevée des faons (40%). Les petits sont en effet victimes du froid, des maladies et des prédateurs : gloutons, ours, loups, lynx et aigles font des ravages. Pour 2015, Margret Fjellström estime son préjudice à 250 000 couronnes (23 400 euros), après déduction des indemnités versées par la préfecture. “La Suède a décidé de protéger les espèces pour diversifier la faune et c’est bien, mais est-il juste que je doive en faire les frais ?”

Les quads et les motoneiges aident les éleveurs à rassembler le troupeau / Crédits : AFP/JONATHAN NACKSTRAND

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE. La transhumance et l’errance des rennes en montagne comme en plaine sont rendues difficiles par le réchauffement climatique, qui fait alterner périodes de froid et de redoux, gelant le sol et empêchant les rennes d’accéder au lichen. Pour les nourrir, il faut alors compléter avec un fourrage onéreux. Les bêtes subissent aussi les affres de la modernité : elles sont effrayées par le vacarme des éoliennes raccordées au réseau électrique et par les machines des bûcherons et l’extraction minière. Les éleveurs multiplient d’ailleurs les procès contre ces entraves à leur activité. “Chaque génération d’éleveurs a son calvaire. Pour celle de mon père, c’était la catastrophe nucléaire de Tchernobyl” dont les retombées ont empoisonné mousse et lichen, rappelle, fataliste, Margret Fjellström. Trente ans après, il subsiste toujours des rennes radioactifs dans l’Arctique.

Dans certains cas, les hélicoptères sont de la partie pour superviser la transhumance / Crédits : AFP/JONATHAN NACKSTRAND

Pour joindre les deux bouts, la jeune femme travaille à la réception d’un hôtel, tandis que son mari s’emploie à la journée auprès des forestiers – jusqu’au mois d’avril, lorsqu’il faudra rendre les rennes à la montagne. La Suède compte aujourd’hui 4 600 propriétaires de rennes pour un peu plus de 250 000 bêtes, selon le Parlement lapon.

S.S. AFP

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