2:41 - jeudi juillet 27, 2017

Centrale thermique de Marie-Galante : les dilemmes de la transition énergétique

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By Patrick Criqui, Directeur de recherche émérite au CNRS, Université Grenoble Alpes

En janvier dernier, le gouvernement a validé le projet de construction d’une centrale thermique à Marie-Galante, cette île des Antilles françaises située à 30 km au sud de la Guadeloupe. La nouvelle centrale devrait être associée à l’usine sucrière de l’île et être alimentée pour 20 % à la bagasse – ce résidu obtenu après le broyage de la canne et utilisé comme combustible –, le reste de l’approvisionnement provenant de bois importé.

Mais en visite en Guadeloupe en mars dernier, la ministre de l’Environnement Ségolène Royal a témoigné de son intérêt pour un projet concurrent. Ce dernier, de plus petite taille (4 MW au lieu de 12 MW), est soutenu par la communauté de communes de l’île et utiliserait exclusivement la bagasse de l’usine sucrière.

Les acteurs de la filière sucre, industriels et planteurs de canne, considèrent que le projet de centrale thermique bagasse et bois est indispensable à la rentabilité de l’usine. Pour eux, il en va de l’avenir même de la culture de la canne sur l’île. Du côté des trois maires de la communauté de communes, on rappelle que le projet alternatif – sélectionné en 2016 par le ministère de l’Environnement dans le cadre d’un projet  » Démonstrateur industriel ville durable – est plus conforme à leurs objectifs de développement. Il s’inscrit notamment dans un schéma touristique respectueux de l’environnement, avec en particulier des transports électriques.

Au-delà des choix techniques, ce sont bien deux schémas pour l’avenir de l’île et deux projets industriels qui s’affrontent. Le choix définitif est remis à une date ultérieure, dans les 12 à 18 mois, mais la bataille est donc engagée.

L’île aux cent moulins

Marie-Galante,  » l’île aux cent moulins, est sans doute l’un des derniers témoins d’un écosystème social caractéristique des Antilles, dominé depuis le XVIIe siècle par la culture de la canne à sucre.

Au XIXe, l’île a ainsi compté plus de cent moulins et des dizaines de distilleries de rhum. Aujourd’hui, seules subsistent trois distilleries et une usine sucrière. C’est cette usine, située à Grande-Anse, qui devrait bénéficier de l’approvisionnement énergétique fourni par la nouvelle centrale thermique.

En dehors de la pêche, d’un peu d’élevage et d’une agriculture vivrière, il n’y a pas à Marie-Galante d’autre agriculture que la canne. L’absence de culture bananière a d’ailleurs permis de préserver l’île de la pollution par le chlordécone, cet insecticide neurotoxique qui a gravement pollué les sols en Guadeloupe.

Le tourisme constitue donc aujourd’hui l’unique activité alternative. Pratiquement inexistant à la fin du siècle dernier, il s’est depuis développé mais de manière discrète et respectueuse à la fois de l’environnement et des traditions locales. Mais le cœur de l’activité économique demeure la canne à sucre.

Histoires d’îles, Marie-Galante (Letop Docs, 2010).

La Plus…

Cette info vient du site : The Conversation

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