7:58 - jeudi août 17, 2017

Extractivisme : stop aux zones de sacrifice

Lu 2104 fois Philippe Boury 0 respond
© France Libertés

La lutte contre l’extractivisme constitue l’un des axes forts des actions de France libertés. La Fondation vient de publier un nouveau rapport intitulé « Stop aux zones de sacrifice ».

L’extractivisme fait-il partie de l’ADN de la Fondation France Libertés. Pourquoi est-ce si important ?

« Cela fait partie des thématiques fortes que l’on traite aujourd’hui à la Fondation. Ce modèle d’exploitation des ressources naturelles est basées sur l’excès et l’irresponsabilité. Au regard des impacts sociaux, économiques, environnementaux et climatiques, on s’est senti obligé de travailler dessus parce que ces impacts mettent à mal les droits humains. Aujourd’hui, il y a 28% des violations de droits humains qui sont dus à ces activités extractives. C’est une responsabilité importante. Quand on a commencé à travailler sur la question de l’eau, nos partenaires sur le terrain notaient leurs préoccupations sur les activités de mines d’or ou d’hydrocarbures qui venaient mettre à mal l’effectivité de leur droit à l’eau. Les activités extractives sont une menace majeure pour ce droit. On a décidé d’appuyer les luttes pour revendiquer la primauté des droits sur la recherche de profits. »

© France Libertés

France Libertés publie un nouveau rapport sur cette thématique de l’extractivisme, le premier porté uniquement par la Fondation.  Quel est l’objet de cette publication ?

« Il s’agit d’expliquer ce système extractiviste en décortiquant toutes les structures et les impacts. Il y a trois parties. Cela explique en quoi l’extractivisme est un choix de civilisation qui a des conséquences dévastatrice partout sur la planète. Cela engendre aussi des pratiques autoritaires, comme la non-consultation des populations, la criminalisation de ceux qui vont s’opposer au projet, ou la toute-puissance des multinationales qui vont se placer au-dessus des lois. La brochure se termine en essayant de donner des pistes d’actions et de mobilisation. L’objectif est de montrer que l’extractivisme peut être dépassé et que l’on peut tendre vers une société post-extractivisme. Dans cette optique, on considère que les peuples autochtones ont beaucoup à nous apporter. »

Avec ce rapport, France Libertés souligne que l’extractivisme touche tout le monde, aussi bien en Afrique, en Amérique centrale, qu’en Europe.

« Contrairement à une croyance largement répandue, où on pense que ces projets n’affectent que les populations autochtones, des communautés rurales ou des territoires non habités, cela peut toucher n’importe qui, à partir du moment il y a dans le sous-sol une ressource qui peut être exploitée et permettre d’engranger des profits à une entreprise ou un État. Nous, on essaie d’insister sur cette idée de zone de sacrifice. Cela concerne aussi la France, ou l’Allemagne, par exemple. »

 

Dans cette brochure, une attention particulière est portée sur les peuples autochtones. Pourquoi s’attarder aussi fortement sur cette question ?

« Même si l’extractivisme touche toute le monde, il fait rappeler que les peuples autochtones sont les premiers touchés. Ils sont plus en lien avec leur environnement, plus dépendants des écosystèmes pour leur subsistances ou leurs traditions. Dès qu’un projet arrive sur leur territoire, les impacts sont d’autant plus forts pour eux. Par exemple, il y a 50 % de l’or du monde qui provient des territoires autochtones. Donc on voit bien que les territoires sur lesquels ils vivent sont fortement dotés de ressources naturelles et il y a donc un plus grand risque de projets sur leurs territoires. Ce sont aussi les premières victimes. En termes d’assassinats de défenseurs des droits humains et de l’environnement, il y a 40% des victimes qui sont autochtones et autant de violations de droits humains sont liées aux activités extractives. »

© France Libertés

La brochure montre également qu’il n’y a pas lieu de victimiser les peuples autochtones, mais qu’au contraire, ces peuples nous poussent à la résistance.

« Ces peuples sont effectivement des victimes de l’extractivisme. Mais il ne faut pas les voir que comme des victimes. Il faut refuser cette victimisation comme le font par exemple les Pacific Climate Warriors, qui sont un groupe de peuples autochtones des îles du Pacifique qui sont dans la résistance et dans l’action. Ces peuples se mobilisent et il serait intéressant de s’allier à eux en tant que précurseurs dans la lutte contre l’extractivisme. De par leurs modes de vie et les philosophies qui les fondent, qui se basent sur un respect de l’environnement avec l’idée n’est pas au-dessus de l’environnement mais une partie des différents éléments de l’environnement, il y a un équilibre plus important entre nature et homme chez les peuples autochtones. Il faut donc s’inspirer de ces visions-là. Cela peut être des outils de lutte. »

© France Libertés

Pour aller plus loin :

 

 

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Philippe Boury
Au début des années 80, Philippe Boury s’est lancé, comme tant d’autres, dans l’aventure des radios libres. Il a ainsi participé, de la banlieue lyonnaise à la région parisienne, à la vie de radios militantes, ouvertes sur la société, soucieuses d’être le reflet de la vie locale, culturelle, politique et associative. Militant associatif lui-même, il a toujours souhaité mêlé ses engagements à sa passion de la radio. C’est donc tout naturellement qu’il a choisi de rejoindre l’équipe de Fréquence Terre, dont il partage les intérêts : survie de la planète, sensibilisation à l’écologie, information sur le développement durable.

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