2:41 - dimanche juillet 23, 2017

Les seniors : dépendants dans leurs déplacements

Lu 1472 fois Sébastien Chauveau 0 respond
l’inaccessibilité aux transports en commun est l'un des principaux griefs des personnes dépendantes dans leurs déplacement. Crédit photo : Marysa Merlo
l’inaccessibilité aux transports en commun est l'un des principaux griefs des personnes dépendantes dans leurs déplacement. Crédit photo : Marysa Merlo

Sept millions de personnes ont besoin d’aide dans notre pays pour se déplacer. C’est 20 % de notre population active.

Cela peut paraître énorme, mais sept millions de personnes ont besoin en France d’aide pour se déplacer. Sept millions, c’est 20 % de notre population active. Passé un certain âge, les français ont du mal à se rendre chez le médecin, prendre les transports en commun, aller à leur activité préférée. Plus précisément, ils sont 16 % des personnes âgées de 56 à 74 ans et 44 % des plus de 75 ans à connaître cet inconfort de vie. Ce sont les chiffres récemment publiés par le Laboratoire de la mobilité inclusive, collectif d’institutionnels spécialisés dans le domaine de la mobilité.

Ce n’est en fait pas une grande surprise. La France vieillit. Un compatriote sur quatre a plus de 60 ans. L’INSEE avançait, il y a quelques années, le chiffre de 1.200.000 personnes dépendantes en 2040. En 2016, le baromètre TNS Sofres de la dépendance soulignait qu’un français sur trois avait dans son entourage un senior dépendant dans ses déplacements.

5 % seulement

Au premier rang des causes à la difficulté de se déplacer, on trouve l’inaccessibilité aux transports en commun. 5 % seulement des personnes de plus de 65 ans les empruntent. La conduite des chauffeurs est entre autres citée par ces derniers comme raison à cette désafection. Ils la trouvent souvent brutale. Les seniors pointent également l’impossibilité à se rendre aux stations de bus, tramways, métro, et à accéder aux places assises dans les transports.

Toutes ces remarques font réagir Florence Gilbert, présidente du Laboratoire de la mobilité inclusive. Elle pense, qu’à terme, « tout le monde ne sera pas libre dans ses déplacements ». Ce qui l’inquiète, c’est qu’à cause de cette dépendance, des personnes « refusent des rendez-vous médicaux pour ne pas avoir à sortir ».

Des formations

Pourtant, la dépendance dans les déplacements n’est pas vraiment prise en considération par les intéressés. C’est souvent une fois qu’ils y sont confrontés qu’ils commencent à s’en préoccuper. Le laboratoire de Florence Gilbert a par exemple observé que : 21 % des futurs seniors ne se sont jamais posés la question de la dépendance dans les déplacements ; 32 % reculent l’idée de recourir aux transports en commun ; 31 % renoncent à terme à se déplacer. La présidente constate toutefois que les moyens de transport sont conçus « pour la masse ». Autrement dit : qu’ils sont mis en place pour qu’un « maximum de gens les utilisent », sans se soucier « des personnes en difficulté », regrette Florence Gilbert.

Pour tenter de limiter la dépendance des seniors aux déplacements, le Laboratoire de la mobilité inclusive met en place des formations à destination des particuliers. Il dispose de vingt-cinq structures disséminées sur tout le territoire. On y apprend notamment à utiliser les services dédiés sur Internet, les transports en commun, le vélo, le covoiturage. Le but est de redonner aux personnes des clés de mobilités, qu’ils n’ont parfois jamais eu ou qu’ils ont perdu.

Il faut noter que les choses sont plus simples en ville ou en agglomération. Dans les zones rurales, l’accès aux transports est plus restreint. C’est la raison pour laquelle le laboratoire essaie de s’implanter davantage dans les territoires reculés, qui sont moins pourvus en structures que les zones urbaines.

Enjeu de santé publique

Il ne faut pas perdre de vue que les seniors sont de vrais acteurs économiques de notre société. Ne pas encourager leurs déplacements, c’est mettre de côté une frange non négligeable de la population. Favoriser les déplacements des seniors est aussi un vecteur social. Et c’est sans aucun doute un enjeu de santé public.

Une partie des professionnels du secteur déplore le manque de place dans les EHPAD (établissements d’hébergements pour personnes âgées). Ils soulignent aussi que les gens pourraient rester à domicile s’ils gardaient leur indépendance. Tout le monde y gagnerait : les personnes âgées comme la société. Reste à y mettre un peu de volonté.

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Sébastien Chauveau

Sébastien Chauveau

Journaliste, producteur, réalisateur
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