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Guyane : l’Or pousse la Forêt.

SCIENCES ET NATURE
Chronique du 11-05-2006

Par Olivier FRIGOUT
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LA CHRONIQUE
La montagne de Kaw est située à 20 kilomètres du littoral guyanais, à environ 45 kilomètres de Cayenne. Ce site exceptionnel, classé zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique de type 1 (ZNIEFF1), fait l'objet de plusieurs mesures de conservation incluses au sein du Parc Naturel Régional de Guyane. Abritant une biodiversité remarquable, la forêt guyanaise est l'une des 5 dernières zones vierges du monde, et représente un gisement inestimable de nature indispensable à la sauvegarde du vivant. Mais cette forêt abrite aussi de l'or, ce qui l'expose à l'orpaillage et aux dégradations qui y sont associées. Artisanale ou industrielle, cette activité dégrade les sols et les exposent au lessivage des pluies, induit la construction de route en pleine forêt, provoque le rejet de tonnes de cyanure et de chaux, polluant durablement l'écosystème guyanais.

La course entre le profit que génère l'or et la sauvegarde du patrimoine vivant de la Guyane est engagée, course dans laquelle l'orpaillage pourrait prendre une longueur d'avance supplémentaire si le projet de la société canadienne CBJ Caïman Cambrior aboutit. Dans le cadre d'un projet avalisé par l'Etat français, la multinationale canadienne souhaite exploiter l'or primaire de la montagne de Kaw. L'accès au site aurifère, qui ne serait pas exploité plus de 7 ans, nécessite la création d'une piste au cœur de la Zone de Droit d'Usage attribué par l'Etat à la communauté des amérindiens Palikurs pour leurs activités de subsistance. Les canadiens ont de plus quelques exigences préalables au démarrage de l'activité :
- ils souhaitent une éxonération de l'octroi de mer, de l'impôt sur les sociétés, de la taxe foncière et de la taxe sur les carburants,
- ils demandent la réalisation de 55 kilomètres de ligne haute tension,
- et sollicitent une subvention de 28 millions d'euros dans le cadre de la loi Girardin.
En contrepartie, la multinationale concède de s'acquitter de la taxe minière qui ne s'élève toutefois qu'à 0,5% de la production.
Ces conditions particulièrement favorables interrogent sur ce que recherche cette compagnie, qui est susceptible, comme les autres, d'abandonner une mine et sa main d'oeuvre si le cours de l'or ne permet plus de dégager suffisamment de profits. Elles interrogent aussi sur la politique du gouvernement pour ce territoire, qui a besoin de développer des activités économiques plus pérennes, axées sur le tourisme et particulièrement l'écotourisme, son potentiel en ce domaine étant exceptionnel.

Face à la situation particulière de la montagne de Kaw et à la dégradation générale de la forêt guyanaise, résultat d'un orpaillage peu respectueux de la réglementation et souvent illégal, des associations se sont mobilisées pour obtenir du Gouvernement français une position plus intransigeante et plus responsable. Une pétition, qui avait déjà recueilli plus 13.000 signatures fin avril, est accessible sur internet, et 17 propositions pour améliorer la réglementation ont été faites, couvrant l'ensemble de la problématique, de la délivrance des titres miniers aux problèmes environnementaux, en passant par le contrôle des activités clandestines et la prise en compte des réalités sanitaires et sociales de l'orpaillage.

Hubert Reeves écrivait en 2003 à propos de ce territoire, je cite : « La Guyane pourrait devenir cette double fenêtre où les efforts technologiques pour explorer l'univers et les efforts écologiques pour sauver la planète se manifesteraient ensemble au reste du monde » fin de citation.
La France a le devoir de protéger cette mine de biodiversité contre la dilapidation des ressources de cette région, d'autant qu'elle est peut-être la seule à avoir la capacité financière à le faire, sur un continent où la misère pousse trop souvent les hommes à détruire.


Pour participer à la campagne de protection de la forêt guyanaise :

collectifor.ouvaton.org

Pétition

L'association ROC, présidée par Hubert Reeves.

                Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.



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