
Rarement un produit n'aura nourri autant la polémique : l'aspartame revient sur la scène médiatique dans le cadre de deux nouvelles études évoquant des risques de cancers et d'accouchements prématurés pour cet édulcorant de synthèse consommé par environ 200 millions de personnes dans le monde.
Découvert en 1965 par hasard par un chimiste lors de la synthèse d'une molécule devant être testé comme
médicament anti-ulcères, l'aspartame sera autorisé dans les aliments solides par la FDA seulement en 1974 avant d'être suspendu l'année suivante, pour finalement commencer sa longue carrière en 1981 suite à une nouvelle autorisation de mise sur le marché délivrée par
Arthur Hayes, alors à la tête de la FDA et
contre l'avis de son comité scientifique. Le dipeptide va alors faire la fortune des détenteurs de son brevet, aujourd'hui la firme
MONSANTO, et survivre aux nombreuses études qui le mettront en cause, grâce aux toutes autant nombreuses études qui prouveront son innocuité.
Une nouvelle page s'écrit donc depuis la parution de ces
2 nouvelles études, avec comme probable épilogue, un nouveau non-lieu pour la molécule prévenue.
L'une d'entre-elles, une étude danoise publiée fin 2010 dans
l'American journal of clinical nutrition, et réalisée sur près de 60.000 femmes enceintes, révèle que
la consommation de boissons gazeuses aux édulcorants augmenterait de 38% les risques de naissance prématurée, augmentation portée à 78% au-delà de quatre canettes par jour. L'autre étude, publié par
l'institut italien Ramazzini dans la revue
American Journal of Industrial Medecine, et qui est sa troisième étude sur le sujet, a été menée sur des groupes de rats soumis à la moitié de la dose journalière acceptée d'Aspartame qui est de 40 mg par jour et par kilogramme de poids corporel. Leurs résultats démontreraient
un effet carcinogène multiple à une dose inférieure à celle communément considérée comme sans risque, un effet augmenté encore si l'exposition a commencé pendant la vie foetale. Malgré ces nouvelles publications, il est difficile d'imaginer comment les autorités de santé, qui ont jusqu'alors maintenu la dose journalière acceptée à ce niveau et n'ont jamais remis en cause l'innocuité de l'Aspartame, pourraient changer d'attitude. Car même si aujourd'hui
la Stévia, fameuse plante aux feuilles sucrées, dont la commercialisation comme complément alimentaire est toujours interdite mais dont les principes actifs, isolés par les industriels, font leur apparition dans les produits light, commence à lui faire de l'ombre, l'Aspartame reste une valeur sûre pour l'industrie agroalimentaire, qui poursuit des recherches pour l'améliorer.
A moins que les récentes polémiques comme celles du médiator ou du bisphénol A conduisent à plus de prudence les organismes chargés d'autoriser ou non la mise sur le marché de ces molécules qui passent la barrière "poreuse" qui sépare l'industrie pharmaceutique de l'agroalimentaire.
En tout cas, sauf à souffrir de diabète, l'usage d'édulcorants lorsqu'on a peur du sucre ne résoudra jamais les causes du surpoids qui sont bien souvent une
sédentarité extrême et un
rapport à l'alimentation révélateur d'un mal-être ou d'une souffrance profonde.
Même si le danger que représente cet édulcorant se révélait minime à faible dose, il vient s'ajouter aux autres risques que nous font courir les nombreuses molécules présentent dans nos assiettes,
et dont l'addition pourrait s'avérer salée pour notre santé. Personnellement, je préfère le café sans sucre. Sources :L'étude de l'Institut Ramazzini
Wikipedia
Le dossier de Novethic
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.