Un peu d'histoire... Fondée en 1962, entre six pays d'Europe, la politique agricole commune a été l'un des principaux piliers fondateurs de l'Union Européenne. Cette politique a permis la reconstruction du monde rural détruit par la guerre et a conduit à l'autosuffisance alimentaire de l'Europe. Ainsi l'Europe est devenue une grande puissance agricole et la France, en particulier, s'est hissée au second rang mondial derrière les États-Unis. |
Cette réussite a été rendue possible par la modernisation des exploitations et des structures agricoles, transformant ainsi le visage des campagnes et de l'agriculture, laquelle a sans doute plus changé en 50 ans qu'au cours des cinq siècles précédents. Le niveau de vie des paysans a fortement progressé et s'est rapproché du niveau moyen de la population. Malheureusement, l'envers de ce succès est la disparition chaque année de 30 000 exploitations -en majorité de petites dimensions- et d'une dégradation sans précédent de l'environnement : pollution des eaux par les nitrates et les résidus de pesticides, dégradation des sols, pollution par les métaux lourds.... L'agriculture source de vie s'est transformée au fil des 50 dernières années en l'une des principales sources de pollution du milieu rural. La dégradation de la qualité des produits et la rémanence de produits phyto sanitaires dans les aliments a de plus un effet néfaste sur la santé humaine. Sans perdre de vue que l'une utilisation massive des pesticides est néfaste à l'environnement La France est le troisième consommateur mondial de pesticides et en est le premier utilisateur européen (76 000T vendues en 2004). La part de l'agriculture biologique reste toujours très faible (10 000 agriculteurs bios soit 2% du total ) et l'agriculture raisonnée qui cherche à utiliser les pesticides en fonction des besoins se développe très lentement (1 000 exploitations qualifiées). Les céréales, le maïs et la vigne qui représentent 40% de l'activité agricole utilisent 80% des pesticides. L'utilisation de pesticides pèse sur le revenu des agriculteurs en augmentant les charges directes. La contamination des milieux naturels et la dégradation des écosystèmes sont désormais avérées mais inégalement quantifiées, selon une étude de l'INRA de décembre 2005. L'Ifen a montré que la quasi-totalité des eaux de surface et des eaux souterraines sont contaminées par les pesticides. De même, des études conduites par l'AASCA et soutenues par l'Ademe démontrent que l'on retrouve des pesticides dans les différentes couches atmosphériques. L'agriculture connaît depuis 1992 un contexte de baisse des prix agricoles (- 50% en céréales , -25% en viande bovine, - 15% en lait depuis 1992) partiellement compensée par les aides directes. |

Cette politique de baisse des prix des produits a poussé au productivisme car les agriculteurs tentent de produire plus pour compenser la baisse des cours . Cette politique s'est traduite par: · une concentration des exploitations et des productions · l'abandon des territoires les moins productifs · la destruction d'emplois agricoles (les jeunes ne s'installent plus beaucoup et certains agriculteurs quittent le métier dans la force de l'âge) · une dépendance croissante des agriculteurs aux aides directes, qui constituent pour certains d'entre eux, la majeure partie de leur revenu, ce qui déresponsabilise le producteur et entraîne une véritable crise d'identité dans la profession · une dégradation de l'environnement en raison de l'intensification des pratiques agricoles. Le poids croissant des aides directes implique que le budget agricole constitue près de la moitié de celui de l'Union Européenne , ce qui est de plus en plus fortement remis en cause par certains qui souhaitent développer d'autres politiques communes. A l'extérieur, les États-Unis, les pays du groupe de Cairns (Canada, Argentine, Australie...) poussent aussi l'Europe agricole vers plus de libéralisme. Ils veulent le démantèlement de la préférence communautaire et combattent les aides PAC. Ils ne veulent pas reconnaître la multifonctionnalité de l'agriculture européenne. Les Etats-Unis se révèlent particulièrement combatifs dans les enceintes internationales, notamment dans les négociations de l'OMC, alors que pour leur part, tournant le dos à la politique de dérégulation initiée par le Fair Act de 1996, les USA ont multiplié les aides à leurs agriculteurs, ceux-ci touchant désormais en moyenne deux fois plus d'aides que leurs homologues européens. Au prochain numéro...les objectifs puis les moyens
Pour une économie responsable olivier-lambeaux, pour la Rédaction. |