Quand les rêves de vieux navires à la carrière et à la carcasse grinçantes s'écroulent sur les mers qu'ils encombrent à la recherche d'un remède à leur agonie, ne laissons pas nos rêves d'un monde meilleur se briser à leur tour, mais utilisons l'espace ainsi créé pour qu'ils deviennent réalité. La triste histoire du Clemenceau est celle d'un porte-avion qui a fait la guerre sur toutes les mers du monde puis qui s'est acharné à vouloir être démantelé au pays de Gandhi. |
Forçant le passage en Egypte pour franchir le canal de Suez, ignorant les protestations d'associations écologistes et de victimes de l'amiante, l'interception du navire à deux reprises par des militants de Greenpeace, et connaissant les conditions de travail scandaleuses des ouvriers du chantier d'Alang qui auraient eu à effectuer le désamiantage. S'il est difficile de justifier face à la misère du monde les dépenses effectuées pour que des bateaux de guerre fassent des ronds dans l'eau, comment ne le serait-il pas encore plus du non-respect de la vie humaine et du retour à des pratiques qui rappellent honteusement l'exploitation coloniale ? Moins difficile pourtant pour le gouvernement français que de fournir les données sur les quantités d'amiante au sein de son navire, car de cela on n'a gardé que peu de traces au moment de sa construction. Forte de cette constatation, la Cour suprême indienne interdit au Clemenceau l'accès à ses eaux territoriales, car il viole la convention de Bâle relative aux exportations de déchets toxiques. Le chef d'Etat, à la veille d'une visite en Inde, rappelle donc le Clemenceau en France, qui rentre au port de Brest en suivant le chemin inverse de celui qui l'a mené en 1968 à effectuer l'un des premiers essais nucléaires français dans le Pacifique. En Afrique ou en Inde, la pauvreté ne peut pas permettre de briser des pots d'eau en les faisant tomber à Terre. Mais dans certains pays comme la Mauritanie, cela est considéré comme le présage d'un bonheur. Si on ne peut que dénoncer les pots cassés par le Clemenceau tout au long de sa route vers l'Inde, on peut aussi voir, dans son retour en France après avoir fait le tour de l'Afrique, le signe d'un monde qui change. |

Il n'y avait pas de structure suffisante jusqu'à présent pour remédier au problème du recyclage des navires en fin de vie. Alors on les coulait au fond des mers ou bien on les laissait rouiller au fond des ports, ou encore on les envoyait en Asie pour y être démantelés. Mais après les erreurs et les échecs successifs du Clemenceau, en Turquie en 2003 puis en Inde en 2006, à trouver une solution à son désamiantage, nous voyons que de telles pratiques ne sont plus possibles, et la France envisage de mettre en place une filière de dépollution des navires en Europe. Les tribulations du Clemenceau nous montrent que les anciennes méthodes de traitement des vieux navires ne sont plus acceptables dans un monde où la conscience environnementale peut se faire entendre et où l'épuisement des énergies fossiles polluantes et ses conséquences sur la planète ne peut que nous inciter à adopter de nouvelles solutions responsables pour le recyclage des nombreux produits de la guerre. Les pots cassés par le Clemenceau ne nous donnent peut-être qu'une idée de l'ampleur du terrible sujet, mais une route est maintenant tracée pour que le respect de la vie humaine et de la Terre soit une nécessité pour bien d'autres « Clemenceau ».
aloan, pour la Rédaction. |