
La saison de ski est encore loin, et pourtant, certains d'entre vous commencent déjà à y penser… Bientôt, il va falloir ressortir les chaînes pour la voiture, vérifier les skis, et penser à la location du studio ou du chalet à la montagne, en espérant que les pistes de la station seront à point le jour J, avec une belle neige… Une neige, naturelle, si possible… mais bon, si le manteau neigeux est complété par de la neige artificielle issue des canons à neige, et bien, tant pis, l'essentiel étant de bien profiter de cette semaine hivernale tant attendue…
Votre attente est légitime mais pour autant avez-vous pensez à l'impact de ce tourisme alpin sur l'environnement. Loin de nous l'idée de vous faire renoncer à ce bol d'air légitime… Mais juste réfléchir un peu aux effets de notre confort sur la nature…
Cette réflexion vient d'avoir lieu à Megève lors d'un Congrès International sur l'Eau en montagne. Pour les professionnels réunis à cette occasion, le réchauffement climatique et le recours à la neige artificielle menacent les réserves d'eau de nos sommets. Et par voie de conséquence le tourisme hivernal.
Les effets du réchauffement climatique sont non négligeables. Les montagnes qui concentrent une grande part des précipitations sont un peu les châteaux d'eau de la planète. Or l'élévation des températures influe sur ces réservoirs naturels. Les précipitations, elles, n'ont pas baissé ces dernières années, mais se répartissent de manière plus irrégulière sur l'année. D'où des déficits qui commencent à apparaître.
La fonte des glaciers est aussi un paramètre à prendre en compte. A la fin du siècle, la moitié des glaciers français auront disparu. Et l'effet induit sur la moyenne montagne est évident. L'enneigement va se raréfier sur ces sommets là.

Face à ce déficit d'or blanc, les canons à neige ont fait leur apparition pour pallier ponctuellement à une épaisseur de neige trop faible par endroit. Mais avec l'étalement des vacances et les week-ends prolongés, la saison hivernale s'étend souvent de décembre à avril. D'où la nécessité pour les stations de s'équiper pour offrir des conditions optimums de ski, quelque soit le moment de la saison. Il faut alors puiser l'eau dans des retenues conçues spécialement pour fabriquer cette neige artificielle.
On voit donc maintenant fleurir des projets de retenues d'eau un peu partout pour alimenter des canons à neige providentiels, mais gourmands en eau.
Les professionnels de la montagne nuancent l'effet néfaste de ces canons en soulignant que la neige ainsi fabriquée est restituée en aval de la montagne dans les cours d'eau. Mais les scientifiques tiennent eux à rappeler que l'eau ainsi puisée va de fait faire défaut à l'alimentation des torrents et sur le maintien des zones humides et marécageuse, et donc sur l'équilibre de la faune et de la flore. Sans oublier que ces pompages viennent en concurrence des barrages hydroélectriques d'EDF, et interviennent au moment de la saison où les stations regorgent de touristes, gourmands en eau et qui font exploser la consommation de ces villages de montagne.
Dernier effet qui n'est pas dû seulement à la neige artificielle mais au sport d'hiver en général, le damage des pistes a un impact indirect sur la végétation. Les ingénieurs consultants présents à Megève s'inquiètent des risques de disparition d'espèces précoces en raison de l'utilisation intensive des ces dameuses pendant les mois d'hiver…
Elus locaux, scientifiques et professionnels de la montagne réunis lors de ce congrès international espèrent donc une véritable reconnaissance de la spécificité de la montagne afin de pouvoir trouver les solutions alternatives qui puissent concilier intérêts économiques des communes concernées et préservation des ressources naturelles et des écosystèmes…
Autrement dit, un casse-tête chinois…
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Philippe BOURY, pour la Rédaction.