La trilogie cinématographique de Spielberg, Jurassic Park, aurait-elle fait des émules parmi les chercheurs? Plusieurs d'entre eux, spécialistes du clonage animal, sont en effet désireux d'appliquer cette technique à des espèces disparues. Les dinosaures ne sont pas encore à l'ordre du jour, faute d'ADN utilisable, mais certains rêvent notamment de faire revivre les mammouths. Disparus il y a environ 10 000 ans, à la fin de la dernière période de glaciation, ces énormes mammifères ont fasciné les hommes de tous temps. |
Il faut dire que ces lointains cousins de nos éléphants actuels disposent de tous les atouts pour que l'on s'intéresse à eux. Outre le fait d'avoir côtoyé nos ancêtres, comme en attestent de nombreuses peintures rupestres, ils ont eu l'élégance de livrer quelques uns d'entre eux à la postérité. C'est ainsi qu'en 1997, renseignés par des éleveurs de rennes nomades, Bernard Bigues et son équipe ont découvert un superbe spécimen mâle âgé d'environ 20 000 ans. Prisonnier de la glace au Nord de la Sibérie, Jarkov, comme il fut prénommé par les chercheurs, pèse plus de quatre tonnes et se trouve dans un parfait état de conservation. Une aubaine pour les scientifiques qui se sont empressés de dégager l'animal avant de le transporter dans une cave gelée pour l'examiner à loisir sans risquer de détériorer les précieux tissus. Tous les organes de Jarkov étant intacts, cette trouvaille se révèle inestimable. Autant dire que cette découverte a relancé la polémique sur un éventuel clonage d'espèces disparues. De nombreux chercheurs, au premier rang desquels des Russes et des Japonais, ont annoncé qu'ils souhaitaient cloner des mammouths en produisant des embryons qui seraient ensuite inséminés dans l'utérus d'une femelle éléphant. A priori, depuis 1997 et le premier clonage animal célébré en grande pompe après la naissance de la brebis Dolly, ce projet ne s'apparente pas à une chimère. Pour autant, rien n'est certain quant à la possibilité de cloner un animal disparu depuis des millénaires. Il faudrait en effet un petit miracle pour mettre la main sur un morceau d'ADN quasiment intact et apte à servir de support aux apprentis sorciers. De plus, depuis les premières annonces de clonage, si une dizaine d'espèces différentes ont vu naître des rejetons génétiquement dupliqués, cette science en est encore à ses balbutiements, seuls 1% des embryons clonés sont viables et leur durée de vie semble encore sujette à des limites. Bref, un mammouth se promenant dans la toundra, ce n'est pas pour demain. |

Cela n'empêche pas certains chercheurs de communiquer abondamment sur le sujet, et pas seulement lorsqu'il s'agit de mammouths. On parle ainsi de faire revivre le tigre de Tasmanie. Un carnivore marsupial ressemblant un peu à un chien et dont le dernier spécimen est mort au zoo de Hobart, en Australie, en 1936. Alors qu'il ne vivait plus qu'en Tasmanie, cet animal a été systématiquement massacré par les colons qui l'accusaient de tuer les moutons (toute ressemblance avec le loup français étant sans doute fortuite). A partir d'un corps de bébé tigre de Tasmanie conservé dans de l'éthanol, des scientifiques pensent pouvoir réussir à créer un embryon et à le placer dans l'utérus d'un marsupial proche génétiquement. Là encore, le succès n'est pas garanti, d'autant plus qu'il ne sera sans doute pas évident de réunir les 30 à 45 millions (selon les estimations) de dollars nécessaires à cette résurrection artificielle. Mais plus que des problèmes d'argent, le clonage d'animaux disparus pose la question de savoir quelle serait son utilité. A l'heure actuelle, nombre d'espèces sont en danger d'extinction et il est sans doute plus urgent de se mobiliser pour sauver ce qui peut encore l'être que d'investir toute son énergie à faire revivre des espèces dont ont ne sait même pas quel impact elles pourraient avoir sur l'écosystème actuel. Les reportages : Enregistrer  Ecouter : vincent, pour la Rédaction. |