C'est un peu l'histoire du pot de terre contre le pot de fer que je vais vous conter cette semaine. Le pot d'eau, bien évidemment... Face au diktat plus ou moins infligé par les grandes sociétés de distribution de l'eau, certaines communes ont décidé d'agir en refusant de se laisser imposer de nouvelles contraintes. Il en est ainsi de la commune de Morsang sur Orge, en Essonne , qui a pris le taureau par les cornes après les récentes évolutions du contrat qui la lie à la Lyonnaise des Eaux. Petit rappel des faits… Une directive européenne de 1998 transposée en 2001 dans le droit français, impose qu'au plus tard en décembre 2013, la quantité de plomb dans l'eau destinée à la consommation humaine soit inférieure à 10 microgrammes par litre, contre 25 actuellement. |
Selon les experts européens, cette mesure est nécessaire pour assurer les usagers - notamment les plus fragiles comme les femmes enceintes et les enfants - contre le risque de saturnisme. Pour parvenir à ce résultat, l'Agence française pour la sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) et le ministère de la Santé préconisent la suppression de toutes les canalisations en plomb. L'Agglomération du Val d'Orge a donc décidé, en application du principe de précaution, de remplacer l'ensemble des branchements en plomb. Ces travaux de mise en conformité représentent un coût estimé à 20 millions d'euros et seront confiés à la Lyonnaise des Eaux, le fournisseur de 8 des 9 communes de l'Agglomération. Des avenants ont donc été passés avec le concessionnaire pour que les 12 000 branchements en plomb encore en service sur le territoire de l'Agglomération soient remplacés. Jusque là rien de bien choquant. Seulement voilà, pour la commune de Morsang sur Orge, ces travaux se traduiront d'abord par l'allongement du contrat jusqu'en 2017 et ensuite par une augmentation de la facture d'eau des usagers de plus de 20% sur le prix du mère cube . Une charge financière qu'il leur faudra ajouter au coût des travaux eux-mêmes, puisque l'Agglomération supportera les travaux de voirie. Les élus ont donc fait leur calcul : c'est en fait près de 69 % des travaux qui seront supportés par les usagers alors que la Lyonnaise qui réalise des profits considérables sur l'eau ne financera que les 31% restant . Les élus morsaintois sont donc un peu colère contre l'Agglomération à qui ils reprochent de ne pas avoir poussé plus loin les négociations avec la Lyonnaise, comme cela a pu se faire ailleurs dans le même genre de situation… A Bordeaux, par exemple, la révision du contrat de concession a permis que la Lyonnaise, toujours elle, prenne à sa charge le montant des travaux… La maire de Morsang sur Orge, Marjolaine Rauze, est indignée. « Il est immoral, dit-elle, que l'on puisse réaliser de tels bénéfices sur un bien vital comme l'eau. D'un coté on casse les monopoles publics pour soi disant instaurer de la concurrence et de l'autre on tolère des quasis monopoles privés qui fonctionnent dans l'opacité totale ! » Nous n'attendrons pas 2017 pour réagir, affirme-t-elle… Les élus ont donc mobilisé les usagers dans l'un de ces ateliers citoyen nommé « Une ville agissante ». |

Leur débat du mois de novembre 2006 a planché sur la question du service public de l'eau. Et les morsaintois ne compte pas accepter sans broncher les diktats de la Lyonnaise. « Je paye mes facture d'eau depuis 30 ans, clame cet habitant ! Cela fait longtemps que j'ai payé la rénovation des canalisations et des branchements » Cette autre personne, souligne que le contrat initial prévoyait bien des travaux d'amélioration du réseau. Il s'étonne qu'il soit nécessaire de négocier un avenant. Marjolaine Rauze précise que ces travaux de rénovation étaient bien compris dans le contrat négocié par la ville en 1997, mais elle met en exergue l'inertie de la Lyonnaise qui n'a changé que très peu de branchements en plomb alors que les nouvelles normes sont connues depuis 2001 . Ce débat citoyen a refait émergé l'idée d'un service public de l'eau . « Ne pourrait-on pas envisager que l'Agglomération reprenne la distribution de l'eau en régie », interroge cet habitant. Le maire espère déjà pouvoir reprendre les négociations avec le concessionnaire pour qu'il prenne à sa charge au moins 50% des travaux. Mais au-delà de cette simple question, c'est effectivement la réflexion nécessaire à mener sur un retour à une gestion publique du service de l'eau. Marjolaine Rauze constate que partout où les collectivités locales ont repris le service en régie, les prix ont été réduits de 30 à 40% . Une piste à explorer pour l'avenir. Affaire à suivre.
Les habitants de Morsang sur Orge se mobilisent L’interview du maire de Morsang sur orge, Marjolaine Rauze philippe, pour la Rédaction. |