C'est en substance ce qu'a montré une équipe de chercheurs associant le laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement de Grenoble, à celui des sciences du climat et de l'environnement de Versailles Saint-Quentin. Leurs travaux, publiés dans la revue Nature du 23 août dernier, établissent un lien entre l'évolution du climat du continent Antarctique et l'insolation estivale de l'Hémisphère Nord , et ceci au cours des 360 000 dernières années. |
En effet, la datation des couches de glace prélevées par carottage au Dôme Fuji a permis de mettre en évidence une corrélation entre le climat antarctique et les variations cycliques de l'orbite et de l'axe de rotation de la planète. Ces variations, qui sont inféodées aux lois de la mécanique céleste, sont connues avec précision et déterminent les cycles glaciaires et interglaciaires du climat mondial. Elles modifient la quantité d'énergie solaire reçu par la planète en particulier dans l'hémisphère nord (1). Ainsi, la datation et l'analyse des couches de glace prélevées ont permis de mettre en concordance la variation naturelle du climat mondial et celle du climat antarctique. En constatant une augmentation des gaz à effet de serre et un réchauffement en Antarctique quelques milliers d'années après la fin de chaque ère glaciaire, les chercheurs ont pu mettre en avant le rôle que joueraient les grands courants marins dans la propagation des conséquences de ces changements d'insolation. En d'autres termes, l'augmentation de l'ensoleillement dans l'hémisphère nord se ferait sentir quelques milliers d'années plus tard en Antarctique par l'intermédiaire de la circulation des masses océaniques d'un pole à l'autre. En fait, l'augmentation de l'ensoleillement au pole Nord provoque la fonte des glaces et donc créé un apport d'eau douce dans l'océan arctique. Or, cet apport ralentit les courants verticaux qui entraînent les eaux chaudes de surface dans les profondeurs et alimentent les courants profonds qui relient les pôles. Cette variation de l'intensité des courants modifie le climat du continent antarctique. Cette interprétation, qui sera évaluée lors de nouveaux travaux sur des périodes plus anciennes, pose en filigrane la question de l'impact du réchauffement climatique actuel sur les courants océaniques et donc sur l'antarctique. Car si elles venaient à fondre, les glaces présentes sur ces terres polaires joueraient alors un rôle important dans l'élévation du niveau des mers. Cette évolution, également provoquée par la dilatation des océans qui se réchauffent, est une réalité qui a conduit les habitants d'une île de l'archipel de Vanuatu, à abandonner leur village. |

Ils ont eu le triste privilège d'être les premiers réfugiés climatiques. Alors que 37% de la population mondiale vit à moins de 60 kms de la mer, les conséquences de cette montée des eaux sur les populations côtières seront immanquablement catastrophiques. (1) Pourquoi, pour expliquer les glaciations, s'intéresse-t-on à l'ensoleillement de l'hémisphère nord et non pas à celui de l'hémisphère sud ? Parce que, lors des périodes glaciaires et interglaciaires, peu de choses changent dans l'hémisphère sud, excepté l'extension de la banquise autour de l'Antarctique, mince pellicule de glace de 3 m d'épaisseur. La calotte antarctique, qui recouvre le continent antarctique centré sur le pôle sud, reste quasiment inchangée entre ces deux climats : elle persiste. Autour de ce continent, entre 60°S et 30°S, aucun grand continent n'existe pouvant servir de support à l'établissement d'une grande calotte glaciaire. Par contre dans l'hémisphère nord (HN) une ceinture de continents existe à ces latitudes, en Amérique et en Eurasie. C'est donc dans ces régions que vont pouvoir se construire puis disparaître les grandes calottes glaciaires. Une fois établies dans l'hémisphère nord ces calottes glaciaires vont modifier le climat de la Terre dans son ensemble, refroidissant toute la planète, y compris l'hémisphère sud. (Source CNRS) Photos : © copyright : CNRS Photothèque. Avec leur aimable autorisation. Photo de droite - Laurence MEDARD / UPR5151 - LABORATOIRE DE GLACIOLOGIE ET DE GEOPHYSIQUE DE L'ENVIRONNEMENT (LGGE) - SAINT-MARTIN-D'HERES Carotte de glace extraite du site de Vostok (Antarctique) à la profondeur de 3600 mètres. La carotte contient des inclusions du socle rocheux. Photo de gauche - Laurent AUGUSTIN / FRE2192 - LABORATOIRE DE GLACIOLOGIE ET GEOPHYSIQUE DE L'ENVIRONNEMENT (LGGE) - ST MARTIN D'HERES Dôme Concordia, Antarctique : site de forage EPICA (European Project for Ice Coring in Antarctica).
http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1164.htm olivier, pour la Rédaction. |