
L'événement est passé inaperçu en Europe et pourtant ce référendum va faire date dans l'histoire du Chili.
Le 24 octobre, les habitants de l'Île de Pâques ont massivement voté en faveur d'un
contrôle accru de l'immigration et du tourisme.
Autrement dit, les migrants et les touristes ne sont plus les bienvenus sur ce confetti de terre à 4000 km au large des côtes chiliennes. Ou alors à petites doses.
Le tourisme, c'est la ressource principale de l'île. Et les visiteurs sont toujours plus nombreux. Ils seraient près de 50.000 à venir chaque année pour admirer les mystérieuses statues. 400 Moais répartis dans le parc national de Rapa Nui, classé au patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO.
Mais le vent, l'humidité, le soleil, l'érosion et aussi l'inconscience de certains touristes accélèrent la dégradation de ces sculptures.
Quant à l'immigration, elle a bouleversé la composition de la population..
Sur près de 4000 habitants aujourd'hui,
un sur trois est originaire de l'Île de Pâques.
Les Chiliens sont les plus nombreux à immigrer sur ce territoire. Mais l'île n'est pas extensible, et mesure seulement 162 km².
Pour rappel: l'île de Pâques a été découverte en 1722, le jour de Pâque par le navigateur hollandais Jakob Roggeveen. En 1770 elle devient propriété de la couronne espagnole avant de passer aux mains du Chili en 1888.
Et c'est cet accord de rattachement qui passe mal chez une partie des Pascuans pure souche. Ils réclament donc une plus grande autonomie et le contrôle des subventions versées par l'Etat chilien.
Et pour se faire entendre, tous les moyens sont bons.
Au mois d'août, un petit groupe de résidents
a bloqué l'aéroport d'Hanga Roa, la capitale pendant deux jours. Une mesure radicale pour demander au gouvernement chilien de
limiter la durée de séjour des touristes. Aussitôt dit aussitôt fait, le gouvernement a mis en place
un système de cartes à remplir par les voyageurs. Ils devaient
indiquer leur motif d'entrée sur l'île, la durée de leur séjour, leur lieux de résidence.
Sauf que
la cour suprême chilienne a invalidé cette mesure qui empêchait, selon elle, la libre circulation sur le territoire chilien.
Les Pascuans ont donc réclamé une consultation populaire. Et ce référendum leur a été accordé d'autant plus facilement que le Chili venait de ratifier
la convention 169 de l'organisation internationale du travail. Un texte qui favorise l'autodétermination des peuples indigènes au sein d'un Etat.
Alors maintenant que les Pascuans se sont prononcé, il faut encore que leurs représentants mettent en place un contrôle efficace de l'immigration. Et pour l'heure nul ne sait de quelle manière ils filtreront les arrivées.
Ce qui est certains c'est qu'ils tiennent à préserver leur patrimoine et leur culture. Et cela passera par un meilleur contrôle du tourisme. Selon l'UNESCO, l'île fait partie des 60 sites touristiques menacés dans le monde par le climat, les conflits ou le tourisme incontrôlé.
Pour inverser la vapeur, l'agence des Nations Unies a lancé un projet de développement d'un tourisme responsable, fin septembre.
L'objectif est de mettre
l'éco-tourisme au service du développement de l'île en formant la population à la gestion des ressources naturelles et culturelles.
Article Courrier international
Info en espagnol
Projet d'écotourisme (en espagnol)
Projet d'écotourisme (en espagnol)
Convention 169 de l'OIT
Grégory LESCA, pour la Rédaction.