
Si la biodiversité s'appauvrit dans les espaces naturels, elle se récrée parfois, et étonnament, là ou on ne l'attendait pas forcement. A l'image de ces grandes villes qui installent des ruchers sur les toits des immeubles, l'écologie urbaine et plus largement le concept de ville durable favorise une nouvelle forme de colonisation végétale et animale.
Le milieu urbain possède ses propres caractéristiques, le climat, le sol, la luminosité et les diverses perturbations, comme le bruit ou la pollution n'ont pourtant pas empéché l'apparition d'espèces végétales d'abord puis timidement, d'espèces animales.
L'installation progressive des espaces verts a d'ailleurs joué un rôle dans cette évolution. Avant il n'y avait pas de parc en ville, les premiers étaient très entretenus, avec des massifs bien délimités, puis progressivement les parcs et les jardins sont devenus plus romantiques et plus naturels se rapprochant d'une végétation sauvage. Aujourd'hui les espaces verts pour peu qu'ils soient écologiquement gérés, offrent de nouveaux abris et de nouvelles ressources à des espèces venues des campagnes.
Même si La ville est a priori construite pour l'homme et non pour la nature, de nombreux citadins apprécient les espaces de verdure, et tolèrent la présence de quelques espèces sauvages dans leur quartier. Si la barrière n'est donc pas du coté des mentalités elle l'est peut être plus au niveau de l'organisation de la ville. En effet, pour obtenir une biodiversité riche et fonctionnelle, il faut dépasser les seules gestions écologiques des espaces publics et donner la possibilité à de nombreuses espèces de cheminer parmi l'espace construit. L'urbanisation qui occupe aujourd'hui presque 10% du sol en France est une barrière à la diffusion des espèces. Il faudrait donc maintenir les bois et les haies dans les nouveaux projets de planification ou créer des corridors écologiques assurant des relations entre les parcs ou vers les forêts périurbaines. L'idée de la trame verte, qui est constituée essentiellement d'habitats naturels reliés entre eux pourrait parfaitement exister en ville. C'est d'ailleurs déjà une préoccupation des urbanistes qui l'intègre dans les Schémas d'organisation territoriale et les Plans d'urbanisation. De telles liaisons vertes, qui augmentent le capital Nature au sein de la ville et sensibilisent le citadin à la biodiversité, offrent également d'autres services écologiques : ils améliorent le cadre de vie, servent de support pour des transports alternatifs et régulent certains problèmes environnementaux comme la limitation de l'imperméabilisation du sol pour les eaux de pluie, ou encore le stockage de CO2.
Voilà donc le nouveau paradigme des urbanistes et des paysagistes pour les années à venir : lier le bâti et le non bâti à la conception des parcs et au fonctionnement écologique de la ville !
Anne-Laurence MAZENQ, pour la Rédaction.