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Les plantes sont-elles des individus au sens étymologique? - Publiée le 4-09-2006

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LA CHRONIQUE
La question peut paraître saugrenue, mais la notion d'individu s'applique-t-elle aux plantes ? Même si l'usage du terme individu s'applique couramment aux bactéries, aux plantes et aux animaux, certaines spécificités des végétaux posent cette question dont la réponse, disons-le tout de suite, dépend de la définition du mot.
Etymologiquement, l'individu est une entité vivante qui ne peut être divisés en deux parties égales sans mourir.
Or, tous ceux qui ont pratiqué des divisions de bulbes vous diront que leurs iris se portent bien. La définition génétique n'est pas plus satisfaisante. L'individu dispose d'un génome stable dans le temps et dans l'espace. Or, non seulement un greffon ne dispose pas du même patrimoine génétique que le pied qui le porte, ce qui empêche tous les arbres fruitiers d'être des individus à part entière, mais les plantes sont d'une « instabilité » génétique record.
Le lierre, par exemple, est diploïde lorsqu'il est juvénile, c'est-à-dire que chaque chromosome est présent en deux exemplaires, et devient tétraploïde à l'âge adulte. Ce doublement du nombre de chromosomes s'accompagne de l'apparition des organes sexuels.
Cette variation dans le temps est accompagnée d'une variation dans l'espace. Le méristème d'une plante, qui est la zone apicale par laquelle elle se développe, est constitué de cellules embryonnaires qui subissent de nombreuses divisions.
Des divisions qui sont autant d'occasion de mutations génétiques qui, contrairement aux animaux, ne peuvent conduire à l'apparition de métastases, puisque les cellules ne peuvent migrer, mais qui proposent de nouvelles performances à la plante.
Ainsi, des branches constituées de cellules dont le patrimoine génétique est différent pousse sur la plante et conduisent à un individu chimérique, incompatible avec la définition génétique de l'individu.
Troisième possibilité, la définition immunologique.
On pourrait la rejeter d'emblé puisque l'immobilité cellulaire qui caractérise les plantes exclut l'existence d'un système immunitaire au sens où on l'entend. Mais la notion de soi et de non-soi existe pourtant chez les plantes.

Le pollen d'une autre espèce sera éliminé, parfois, le propre pollen d'une plante le sera au profit de celui d'une autre, et le cas échéant, finalement accepté si aucun pollen ne se présente. Les greffons sont pourtant possibles, dans la même espèce mais aussi entre espèces, même s'ils requièrent une attention toute particulière. Des cas de greffes entre familles ont même été constatés, ce qui renforce encore la réalité de la plasticité de la notion de soi chez les plantes.


Alors, les végétaux peuvent-ils bénéficier du terme « individu » ?
Une réponse stricte proposerait peut-être une notion de famille d'individus, dans des échelles de temps différentes de la nôtre, regroupée dans une seule et même structure dont la progression se fait par bourgeonnement et parfois, par sexualité. Capable de reproduction somatique, les plantes se multiplient aussi à l'identique, comme des jumeaux, qui eux, sont bien individualisés. La réponse affective sera alors plutôt « oui, les plantes sont des individus, même si parfois, on a bien du mal à les individualiser ».

Sources : Eloge de la plante de Francis Hallé, aux Editions du Seuil.
photos © : Marie-Laure MIRMAN

                olivier, pour la Rédaction.


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