Il y a quelques jours, le Président de la République, à la tribune de l'ONU, expliquait que l'énergie nucléaire est l'énergie de demain. Il indiquait que la France est prête à aider tout pays qui veut se doter de l'énergie nucléaire civile . Le nucléaire est ainsi présenté par le gouvernement comme la meilleure arme contre le réchauffement climatique, induit par les énergies dites carbonées , pour employer le qualificatif du Chef de l'Etat. Cette posture n'est pas nouvelle et reste dans la tradition nucléaire française, bâtie sur l'indépendance énergétique vis-à-vis des pays producteurs de pétrole. |
Mais aujourd'hui, elle interroge sur la stratégie énergétique à long terme de la France. Les réserves mondiales d'Uranium 235, celui que nous utilisons dans les centrales nucléaires, ne sont pas infinies. Si la consommation actuelle perdure dans l'avenir, ces réserves devraient être épuisées d'ici la fin du siècle. Il est donc évident que ce combustible ne représente pas l'avenir énergétique. D'autant que si la technologie française essaime dans les pays qui souhaitent développer le nucléaire, les réserves mondiales s'épuiseront plus vite encore. Dans l'esprit du Chef de l'Etat, ce sont en fait les réacteurs de 4ème génération, ou surgénérateurs, puis la fusion thermonucléaire, qui assureront dans un avenir proche une énergie « renouvelable » et « propre ». Ces surgénérateurs doivent théoriquement fonctionner avec l'uranium 238 , qui est beaucoup plus abondant que le combustible actuel. En outre, ces réacteurs sont supposés nous permettre de nous débarrasser des stocks de plutonium que le nucléaire civil produit chaque année à raison de 200 kg par réacteur. Quant à la fusion, sur laquelle le programme de recherche ITER travaille, elle serait une source d'énergie extraordinaire. Mais il n'est pas pour autant acquis que ces technologies verront le jour. Leur maîtrise et les obstacles techniques [1] sont tels qu'elles ne sont pour le moment que des projets hypothétiques. Cela signifie qu'une politique énergétique basée sur le développement de ces technologies est un "coup de poker", un "quitte ou double". En effet, il est vraisemblable que d'ici à 50 ans, tout au plus la fin du siècle, les réacteurs actuels et ceux qui auront été construit sur la base des réacteurs de type 3, comme le fameux EPR, seront à l'arrêt, faute de combustible. Si cette énergie du futur, choisie par le Gouvernement, s'averrait technologiquement inaccessible, la pénurie énergétique qui s'en suivrait aurait des conséquences économiques et géopolitiques majeures. Le pari semble donc particulièrement risqué. Il le serait bien moins si de véritables investissements [2] étaient consentis pour la recherche sur le solaire et les énergies renouvelables qui en dépendent. |

Mais le coût financier exorbitant [3] du développement des technologies nucléaires est hélas le premier obstacle à une politique de diversification de la recherche au profit des énergies renouvelables. Des énergies renouvelables qui ne représentent ni risque industriel, ni risque environnemental. L'héritage nucléaire français pèse lourd et rend très difficile l'arbitrage politique. Un poids que d'autres pays européens ne subissent pas, ce qui leur a permis d'orienter leur politique énergétique dans d'autres directions. Après tout, le Soleil n'est-il pas le mieux placé pour nous fournir naturellement de l'énergie d'origine nucléaire ? [1] Pour que la réaction de fusion puisse se réaliser et produire de l´énergie, il faut des conditions très spécifiques. En effet, la fusion de deux noyaux ne se réalise que s´ils se rapprochent suffisamment l´un de l´autre ; or, ceux-ci sont chargés électriquement et se repoussent par conséquent fortement. Pour vaincre cette répulsion, le mélange deutérium/tritium doit être porté à très haute température et suffisamment dense; et ceci pendant un temps suffisant! Une température supérieure à 100 millions de degrés est ainsi nécessaire pour que le mélange alors appelé plasma devienne fonctionnel. Un apport considérable d´énergie est donc indispensable. A ce jour, aucune expérience n´a permis de libérer une puissance au moins égale à celle fournie pour le chauffage du mélange! [2] Le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) a bénéficié de 308 milliards de francs de subventions publiques sur les 405 milliards de francs de budget civil cumulé pour la période 1946-1992 (1). Le programme nucléaire en est le principal bénéficiaire, puisqu'il monopolise plus de 90 % de ces budgets de recherche, contre 1 % à 2 % pour les énergies renouvelables (2). (1) « CEA, un demi-siècle de pouvoir nucléaire », Bruno Barrillot, Damoclès, CDRPC, Lyon. (2) OCDE/Ademe, Energy policy in country. [3] Le coût du projet ITER est estimé entre 10 et 30 milliards de dollars sur 30 ans, dont un investissement de près de 5 milliard d´euros (chaque pays partenaire apporte 470 millions d´euros (M€)).
olivier, pour la Rédaction. |