
Peut-être en avez-vous entendu parlé, des chercheurs chinois ont décrit dans un article paru dans la célèbre et sérieuse revue
Science les effets bénéfiques de la culture du coton transgénique Bt sur les cultures alentours. Loin de la plaisanterie de mauvais goût, l'étude montre que l'utilisation intensive de ce coton, dont la particularité est de produire la toxine de la bactérie
Bacillus thuringiensis, se traduit par l'éradication d'un papillon dont la chenille est considérée comme nuisible à cette culture mais aussi au cultures conventionnelles avoisinantes.
Particularisme chinois, son climat permet à cet insecte
4 cycles de reproduction, durant lesquels il se nourrit des cultures de maïs, de cacahuètes, de soja et de légumes. Il est donc prolifique par nature, surtout dans un environnement agricole où la rotation des cultures lui est favorable.
La Chine, après la médaille d'or du palmarès olympique, devient le champion de la lutte contre
Helicoverpa armigera, l'abominable papillon.
Mais les faits semblent différer de la réalité décrite par les camarades chercheurs. D'abord, il semble que les épandages d'insecticides n'aient pas réellement diminués, les paysans chinois, mal informés,
traiteraient en préventif même sur le coton Bt. Il est donc difficile, dans ces conditions, de mesurer l'impact réel du coton transgénique sur les populations de papillons.
Par contre, un effet secondaire est rapidement apparu. La nature ayant horreur du vide, la destruction massive d'
Helicoverpa armigera a favorisé le développement de
punaises, insensibles au Bt. Résultat, face à cette invasion, les chinois pourraient relancer de plus belle l'épandage d'insecticides chimiques.
Car rappelons-le, et c'est le noeud du problème,
la toxine Bt est une toxine naturelle, pour ne pas dire biologique. Son utilisation dans les plantes transgéniques soulèvent une question de fond :
quid de l'apparition de résistances dans les populations d'insectes traitées ? De la même façon que l'usage excessif des antibiotiques a contribué à l'apparition de bactéries résistantes contre lesquelles nous n'avons pas de traitement,
l'utilisation abusive de la toxine de Bacillus thuringiensis nous privera à terme du seul insecticide naturel que nous avons à notre disposition. Utilisé en agriculture biologique,
le Bt doit être utilisé de façon rationnelle et sûrement pas de façon intensive. Nous en sommes aujourd'hui très loin avec les près de 4 millions d'hectares de coton Bt cultivés en Chine.
Le coton transgénique, dont on apprenait il y a peu qu'il est à l'origine de milliers de suicides chez les producteurs indiens, ruinés par qu'il n'a pas tenu ses promesses, redore son blason grâce à cet article que la revue
Science a validé et, d'une certaine façon, cautionné.
Le péril jaune sera peut-être « transgénique ».
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.