
En août 1937, «
La Ville de Vaucluse à son poète » fit apposer une plaque dont voici le texte : «
Dans cette vallée close, fuyant les plaisirs du siècle, François Pétrarque vint abriter sa méditation en l'automne de l'année 1337. Fidèle au culte de Laure et à l'étude de l'Antiquité, nul lieu ne fut plus cher à son cœur ni plus propice à sa gloire. »
Erudit, poète et humaniste italien, Pétrarque compte parmi les «
géants » de la littérature. Il est passé à la postérité pour la perfection de son écriture guidée, dit-on, par sa passion pour Laure…
Né le 20 juillet 1304 de parents florentins, la famille s'exila à Avignon en 1312 et François s'installa à Carpentras pour y suivre des études, puis à Montpellier où il entra à l'université : «
Là-bas, quelle tranquillité, avions-nous, quelle paix, quelle abondance, quelle affluence d'étudiants, quels maîtres ! », écrivit-il dans « Lettres familières aux amis ».
En 1326, à Avignon, il s'installa à la Cour pontificale et s'y fit remarquer pour sa prestance et son éloquence, mais, pour lui, au fil du temps, la Cité des Papes s'avéra une «
nouvelle Babylone » et, alors, ses critiques fusèrent avec virulence !
Le 6 avril 1327, ce fut le coup de foudre pour Laure de Sade, 19 ans, et il chanta son amour comme on ne l'avait plus réalisé depuis l'ère des troubadours : «
Ma bien-aimée a la forme d'un ange et ses paroles ont un autre son que la voix humaine. »
Sa muse ne l'empêcha cependant pas de voyager (mais l'aimait-elle ?) : Paris, Liège, Aix-la-Chapelle, la Flandre, les Ardennes, Lyon, le Mont Ventoux… virent son passage et son projet « humaniste », sorte de révolution culturelle, eut un retentissement à l'échelle européenne
Pétrarque résida seize années sur les berges de la Sorgue à la Fontaine de Vaucluse (Vaucule signifie vallée close) : «
Ici, j'ai fait ma Rome, mon Athènes, ma patrie (…) Aucun endroit ne convient mieux à mes études. Vieillard, c'est à Vaucluse que je veux mourir dans vos bras… »
Et, d'expliquer ce coup de cœur pour le site enchanteur :
«
Je rencontrai une vallée très étroite mais solitaire et agréable, nommée Vaucluse, à quelques milles d'Avignon, où la reine de toutes les fontaines, la Sorgue, prend sa source. Séduit par l'agrément du lieu, j'y transportai mes livres et ma personne. »
Comme je ne crois pas tellement au hasard, je me dis que ce fut certainement une étrange coïncidence qui fit mourir – de la peste – Laure le 6 avril 1348, soit, jour pour jour, vingt et une années après sa rencontre avec Pétrarque : «
La mort paraissait belle sur son beau visage… »
Laure et Pétrarque entrèrent dans la légende et le poète retrouva son Italie natale peu après ce décès…
La Fontaine de Vaucluse est située au pied d'une falaise de 230 mètres et est la plus grosse source de France. Son débit annuel est impressionnant et on parle de plus de 630 millions de m3.
Site d'offrandes rituelles dans l'Antiquité, on retrouva des centaines de pièces du Ier siècle avant Jésus-Christ comme autant de gestes votifs.
Aujourd'hui, le tourisme règne sur cet endroit magnifique : vestiges d'un canal romain, église Notre-Dame (XIIe siècle) construite sur un sanctuaire païen dévolu au dieu des Eaux, vestiges du Château des évêques de Cavaillon, Colonne de Pétrarque, roues à aube, habitats troglodytes, écomusée, papeterie à l'ancienne…
Pierre Guelff, auteur des deux tomes « France mystérieuse, insolite et sacrée » (Editions Jourdan).
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Pierre GUELFF, pour la Rédaction.