La lutte contre la pyrale du maïs - Ostrinia nubilalis - est passée par la mise au point d'un maïs transgénique synthétisant les toxines d'une bactérie, Bacillus thuringiensis (Bt), utilisées comme insecticides conventionnels et figurant dans la liste des insecticides autorisés en agriculture biologique. Pour lutter contre l'émergence de résistances aux toxines , ce qui rendrait à terme inefficaces ces cultures transgéniques, et plus généralement l'usage de ces insecticides naturels, une stratégie nommée « haute dose-refuge » a été rendue obligatoire aux Etats-Unis et est en discussion en Europe. |
Cette stratégie implique que les parcelles de cultures OGM soient entourées de parcelles de cultures conventionnelles exemptes de toxines de Bacillus thuringiensis , ces parcelles étant appelées « zones refuges » ou « zones tampons ». Les parcelles des deux types doivent être suffisamment proches pour assurer le brassage génétique entre les insectes résistants – qui seraient éventuellement sélectionnés dans les parcelles de cultures Bt – et les insectes sensibles – préservés dans les zones refuges, limitant de fait l'émergence, dans la population d'insectes, d'individus résistants. Bien entendu, ce brassage dépend aussi des capacités de dispersion des insectes et de l'ordre chronologique dans lequel se déroulent l'accouplement et la dispersion. Des études récentes ont montré que les mâles et les femelles de ce ravageur sont capables de se disperser sur plusieurs centaines de mètres, justifiant - a posteriori - la distance maximale, de 800 mètres entre les parcelles de maïs Bt et les zones refuges, imposée depuis l'an 2000 par la législation américaine. Toutefois, ces études n'indiquaient pas dans quel ordre se déroulent typiquement l'accouplement et la dispersion des pyrales . Or, le brassage génétique est moindre si les insectes de chaque catégorie - résistants ou sensibles - s'accouplent localement avant de se disperser que si les deux catégories commencent leur vie adulte par une phase de dispersion. Les chercheurs ont étudié leur comportement dans une configuration spatiale identique à celle mise en place dans la stratégie haute dose-refuge. Ils ont relâché et capturé des papillons dans des champs de maïs conventionnel français en 2004 et 2005. Ils ont découvert que des papillons mâles et femelles s'accouplent régulièrement avant dispersion. |

Ainsi, une part importante des pyrales nouvellement écloses (jusqu'à 57% des femelles) s'accouple à une échelle très locale, dans le champ même ou les bordures des champs dans lesquels elles émergent, avant de s'envoler . Les résultats de cette étude indiquent que dans la stratégie haute dose-refuge – telle qu'elle est mise en place à l'heure actuelle aux Etats-Unis –, le brassage génétique entre les pyrales résistantes – qui pourraient être sélectionnées dans des parcelles de maïs OGM – et les pyrales sensibles aux toxines – issues des zones refuges – risquerait d'être plus restreint qu'on ne l'imaginait jusqu'à présent. L'efficacité de cette stratégie, tout au moins dans certaines configurations de rotation des cultures, est donc remise en cause. Des résultats qui relancent le débat sur les risques de dissémination de résistances via les OGM, mais qui interrogent aussi sur l'usage du Bt dans l'agriculture biologique, car son usage intensif sous forme d'insecticide met les populations d'insectes sous la même pression de sélection qu'un plant OGM. Sources : CNRS olivier, pour la Rédaction. |