
«
Littérature sans Frontières » est une chronique de Pierre Guelff.
Dans la lignée de Ken Follet («
Les piliers de la terre »), selon moi, voici Jean Diwo, un auteur qui aborde avec enthousiasme le monde des bâtisseurs, plus particulièrement celui des cathédrales qui commencèrent à fleurir du Xe au XIIIe siècle.
A l'époque, on ne parlait encore pas d'arts roman et gothique mais, peu importe la terminologie, certains édifices sont encore là, merveilleux, et semblent, effectivement, défier le temps.
La dignité de l'initié Il est vrai que ces bâtisseurs-là travaillaient pour l'éternité et dispensaient une philosophie propre au Compagnonnage : «
Il est indispensable d'entourer nos connaissances d'un voile de fierté mystique qui rappelle celle des chevaliers. Notre savoir est notre noblesse, il faut respecter la dignité de l'initié. »
«
Le printemps des cathédrales » (Editions «
J'ai lu ») est l'histoire d'un certain Renaud qui débute son apprentissage de maître d'œuvre avec le célèbre Suger à l'abbaye de Saint-Denis. Nous suivrons cette saga compagnonnique à Sens, à Paris, à Canterbury, à Reims…, de père en fils, de maître en apprenti…
Et, au fil des pages, apparaît ladite philosophie à travers des propos tenus en famille ou sur chantiers, entre compagnons locaux et itinérants :
- «
Le compagnon a d'instinct l'entendement que ne remplacent jamais tous les enseignements que l'on dispense dans les monastères ou les écoles. (…) Beaucoup de clercs nous méprisent car nous sommes des manuels, nous n'avons pas le savoir des livres et nous ignorons le latin. Pourtant, il y a tant de choses que nous connaissons et qu'ils ignorent ! »
- «
Le peuple ne sait pas lire, mais il sait regarder ! »
La pierre qui sourit C'est donc la période florissante des innovations, comme le prouve la construction de la Sainte-Chapelle à Paris :
«
Tandis que Jean et Mathieu, dignes fils du maître des couleurs (un maître des vitraux), enchâssaient le rubis, l'émeraude, le saphir dans les rives de l'étage aux reliques, les statues des douze apôtres trouvaient leur place devant les piles soutenant les retombées de la voûte. C'était une autre innovation, jusque-là les statues étaient réservées à l'extérieur des églises. »
Et, que dire de «
L'Ange au sourire » de Reims, autre innovation à côté de rares visages qui entrouvrent les lèvres, comme en se cachant ?
«
Cette statue est sublime. On ne verra qu'elle au milieu de ses sœurs. »
Ces sculpteurs-là s'autorisèrent donc, avec succès, à faire sourire la pierre !
La main (de l'artisan) prolongeait bien son esprit !
Pierre Guelff. En savoir plus...
En savoir plus...
Pierre GUELFF, pour la Rédaction.