Comme pour la plupart des espèces d'oiseaux, on pensait que la femelle passereau choisissait son partenaire en fonction de son plumage et des autres caractéristiques esthétiques susceptibles de garantir que les gènes du reproducteur sont les meilleurs. De façon générale, les parades amoureuses et les joutes entre mâles semblaient, dans l'ensemble du règne animal, être le juge de paix, un phénotype [1] fort sous-entendant un génotype de qualité. |
Alexis Chaine, de la station de biologie expérimentale du CNRS à Moulis, et Bruce Lyon, Professeur en écologie à l'Université de Californie Santa Cruz, ont mis en évidence que pour la femelle passereau, d'autres critères plus opportunistes sont favorisés, des critères répondant à des impératifs environnementaux. Pour y parvenir, les chercheurs ont menée une étude de 5 ans sur une population de passereau : les bruants noirs et blancs, ou Calamospiza melanocorys . Les travaux portaient sur la couleur et la taille des ornements des mâles. Chez les passereaux, le mâle n'est pas uniquement un reproducteur, il va accompagner la femelle pendant toute la couvaison, puis pendant les quatre semaines qui suivent l'éclosion. Il participe ainsi à la protection des oeufs contre les prédateurs puis au nourrissage des oisillons. Ce rôle complet conduit la femelle à tenir compte des conditions de nidification pour choisir son mâle. Par exemple, si le nid du bruant, qui est situé au niveau du sol, est dans un lieu fréquenté par les souris, la femelle va s'attacher à trouver un mâle pourvu de grandes tâches blanches sur les ailes, dont on pense qu'elles rendent le mâle plus effrayant pour les souris. Le mâle et ses ornements. Autre exemple, une autre année, s'il y a pénurie de sauterelles, qui est l'aliment du bruant, on pourrait envisager que les femelles choisissent les mâles munis d'un gros bec susceptibles d'attraper plus facilement ces insectes et de nourrir correctement les oisillons. |

La variation des préférences dans le choix du mâle par les femelles bruants montre ce que les chercheurs appellent une dynamique de sélection sexuelle à court terme qui influence le mécanisme d'évolution. Les variations environnementales étant très sensibles d'une année sur l'autre, les critères de sélection changent à chaque fois. Cette étude montre que ce type de sélection ne favorise pas tel ou tel critère à long terme, les mâles proposant une multiplicité de caractères ayant plus de chances d'être choisis, et l'ensemble des caractères, ayant un intérêt dans l'un des contextes sociaux et écologiques que rencontre l'espèce, étant privilégié. En contrepartie, cette espèce sera donc très peu amenée à évoluer à court terme. Un processus de sélection variable qui bouscule les idées reçues et qui pourrait bien être présent dans bien d'autres espèces. Photos : © Alexis Chaine, avec son aimable autorisation. [1] Le phénotype est l'ensemble des caractères observables d'un individu. Il correspond à la réalisation du génotype (expression des gènes) en interaction avec le milieu, l'environnement. CNRS Presse olivier, pour la Rédaction. |