
Parmi les grands classiques de la science fiction, la cryogénisation tient une une place de choix. Le principe de ce procédé est simple. Il s'agit de congeler un organisme vivant avant de le ramener à la vie quelques années, voire des siècles plus tard. Voyager dans l'espace, préserver un corps malade en attendant des avancées médicales, ou encore partir à la découverte du futur sont autant de fantasmes que ce procédé pourrait rendre possible. Bien sûr, cela paraît fou et irréaliste, mais il n'empêche que la recherche dans ce domaine progresse et que certains scientifiques ont déjà des projets dans leurs cartons.
Ainsi, l'Américaine Mary Hagerdon, spécialiste de la biologie marine, travaille depuis plusieurs années sur la cryopréservation d'embryons de poissons. Elle souhaite désormais appliquer cette technique au corail, une famille animale particulièrement menacée et qui joue un rôle majeur dans l'équilibre de la biodiversité océanique. Des expériences ont d'ores et déjà été menées sur un corail champignon et il convient désormais d'attendre les résultats de ces travaux pour savoir si les embryons de corail congelés reviendront ou non à la vie.
Le but de ces recherches serait de pouvoir préserver les différentes espèces de coraux dans de l'azote liquide et d'éventuellement les réimplanter dans leur milieu d'origine dans quelques décennies ou quelques siècles, si ceux-ci venaient finalement à disparaître. Le problème, c'est que s'ils ont disparu auparavant, il faudra certainement attendre très très longtemps avant que les conditions soient réunies pour que les récifs coraliens puissent de nouveau jouer leur rôle biologique si important.
Il faut en effet savoir que ces récifs ne sont pas seulement des sanctuaires abritant des milliers d'espèces végétales et animales. Il sont également de véritables pouponnières permettant à la vie d'apparaître et de se développer. Des chercheurs allemands ont récemment révéle une étude qui démontre que de très nombreuses espèces voient le jour au sein même des récifs coraliens, avant d'aller coloniser d'autres écosystèmes. Sans les coraux, des centaines, voire des milliers d'espèces pourraient donc être privées de ces abris et purement et simplement disparaître.

Cette hypothèse n'a malheureusement rien d'alarmiste ou de pessimiste car au jour d'aujourd'hui, les récifs coraliens semblent plus que jamais en sursis. La pollution, la pêche, les maladies, mais surtout le réchauffement climatique, qui conduit notamment à l'acidification des océans, sont autant de facteurs qui fragilisent ces étranges animaux ressemblant parfois plus à des minéraux. Une fois mort, le corail blanchit et des zones qui abritaient une vie foisonnante deviennent d'immenses déserts aux allures de cimetières (photo ci-dessus).
Une fois encore, la part de la responsabilité humaine dans ce phénomène est indéniable. Dès lors, l'idée de cryopréserver les coraux est certes louable et intéressante, mais cela n'empêchera en rien la destruction annoncée. C'est aujourd'hui que tout doit être mis en oeuvre pour sauver les récifs coraliens. Demain, il sera trop tard et il ne restera plus qu'à constater les dégâts et à compter les victimes de cette catastrophe écologique qui se déroule sous nos yeux.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.