
Depuis maintenant plusieurs années, le loup a fait son retour en France. Passés par les Alpes, ces prédateurs légendaires ont peu à étendu leur aire de répartition et sont désormais présents dans plusieurs départements. Un retour qui a ceci de remarquable, qu'il s'est effectué de manière totalement naturelle, sans qu'aucun plan de réintroduction ne soit mis en place comme cela a pu être le cas avec l'ours dans les Pyrénées par exemple. Venant d'Italie, les loups sont simplement revenus sur des territoires qui ont été leur domaine durant des siècles, avant qu'ils soient impitoyablement exterminés par les hommes.
Depuis que le loup est réapparu en France, cela a déclenché de multiples polémiques, notamment avec les chasseurs et éleveurs des régions concernées. Les chasseurs voient en cet animal un véritable concurrent, ce qui n'est pas totalement faux, le loup appréciant des proies telles que les grands ongulés que les chasseurs aiment à exhiber en trophée. Néanmoins, difficile de comprendre les arguments de ceux-ci lorsqu'ils expliquent qu'il faudrait de nouveau éliminer cet animal. Nous pourrions en revanche leur conseiller gentiment d'accepter de partager un peu ce que la nature a à offrir. Sinon, pourquoi ne pas massacrer l'ensemble des prédateur, ce serait encore plus simple.
Pour ce qui est des éleveurs, le problème est évidemment bien plus complexe puisque leurs troupeaux peuvent être victimes des attaques des loups, qui trouvent là des proies bien moins adaptées à la vie sauvage et infiniment plus faciles à chasser et à tuer que des chevreuils, des cerfs ou des chamois. Dès lors, chaque année, les éleveurs déplorent un certain nombre d'attaques et de victimes dans leurs troupeaux, ce qui déclenche une colère tout à fait compréhensible et repose la question de savoir si nous devons ou non accepter la présence du loup en France.

Il n'y a pas forcément à chercher bien loin pour trouver une réponse à cette question. Il suffit en effet de regarder ce qui se fait juste à côté de chez nous et plus particulièrement en Espagne et en Italie, deux pays au sein desquels le loup n'a jamais disparu. En Italie, on estime qu'il y aurait actuellement entre 700 et 1000 individus répartis dans le pays, tandis qu'en Espagne ils seraient sans doute plus de 2500. Des chiffres à mettre en parallèle avec les 150 à 200 loups vivant sans doute en France actuellement.
Ces deux pays voisins ont eux aussi bon nombre d'éleveurs d'ovins et de bovins et pourtant la cohabitation avec le loup perdure depuis des siècles. Bien sûr, tout cela ne se fait pas sans heurts. Des troupeaux se font régulièrement attaquer et les éleveurs manifestent leur colère lorsque cela survient. Pourtant, la question d'éliminer totalement le loup n'est pas à l'ordre du jour. Que ce soit en Espagne ou en Italie, les techniques d'élevage diffèrent quelque peu car elles sont adaptées au maximum à la présence de ce grand prédateur, que ce soit avec l'utilisation de chiens ou de parcs fermés pour abriter les troupeaux durant la nuit. Peut-être serait-il enfin temps de penser à observer ce qu'il se fait de l'autre côté des Alpes ou des Pyrénées, plutôt que de laisser la colère et le ressentiment s'installer à chaque nouvelle attaque d'un troupeau.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.