Car nous ne sommes pas tous égaux devant notre robinet. Selon que l'on se trouve à Lille ou Marseille, à Nantes ou dans un petit village d'Auvergne, nous ne consommons et ne déboursons pas tous autant… Les Méridionaux sont ainsi les plus gros consommateurs d'eau, à l'opposé des Nordistes ou des Limousins. En PACA, chaque habitant consomme en moyenne 272 litres par jour, un corse, 222 litres, un poitevin, 178 litres. Dans les Dom Tom, ce sont les réunionnais qui tiennent le haut du tableau avec 269 litres. A l'autre bout du palmarès, ou trouve les francs-comtois, avec 142 litres, le Nord Pas de Calais avec 147 litres, ou encore les lorrains avec152 litres… Ce tableau d'honneur est le résultat de plusieurs facteurs. Le climat, le développement de l'habitat individuel, la floraison des piscines et des jardins, les revenus des ménages, l'age et le nombre d'occupants par logements, ou encore le potentiel touristique des régions… Tous ces critères conditionnent les consommations d'eau. Coté porte monnaie, les factures dépendent aussi du prix du mètre cube. Le tarif moyen constaté sur l'ensemble du territoire, outre-mer inclus, était en 2004 de 3.01€. Mais il varie de 1.40 € par exemple à la Réunion, à plus de 4€ dans le Morbihan, avec entre les deux les départements auvergnats et rhône-alpins où le mètre cube vaut moins de 2.50€. Les disparités sur le traitement des eaux usées sont également du même ordre de grandeur. Autre coût inégal selon les communes, l'abonnement. Pour avoir droit à l'eau courante et à l'assainissement, il fallait débourser en 2004 53€ en moyenne. Mais cet abonnement peut atteindre 109€ en Corse, ou tomber à 26€ en Ile de France. La proximité de la ressource, sa qualité et la densité de population influent aussi sur les tarifs. Les eaux de surfaces sont plus faciles d'accès, mais font l'objet de traitements plus complexes et plus coûteux que les eaux souterraines. En Bretagne, où l'eau est très polluée, cela coûte plus cher que dans le Massif Central, par exemple, où l'eau est quasiment pure. |

Ce qui coûte cher aussi, ce sont les réseaux d'eau. Sur Paris, le nombre de consommateurs pour 1 mètre de tuyau est plus important que dans une zone rurale… D'où un prix moins élevé dès que la population se densifie. Les tarifs diffèrent aussi selon le mode d'organisation et de gestion des services de l'eau. Le mètre cube est payé en moyenne 2.59€ dans une organisation communale offrant un traitement des eaux usées, contre 3.19€ dans une organisation intercommunale qui développe des technologies plus complexes. Autre constat de cette étude : les régies municipales offrent des tarifs inférieurs à ceux du privé. Les écarts de prix entre régie et secteur privé s'expliquent en partie par les conditions d'exploitation difficiles supportées par le privé. Dès lors que les conditions techniques deviennent plus délicates – interconnexions multiples, qualité de l'eau d'origine, densité du réseau – les communes optent pour une délégation de service à une entreprise privée. Une situation complexe donc, qui nous oblige, nous, consommateurs, à faire le grand écart entre nos souhaits de préserver notre eau comme ressource publique, et le rêve de consommer une eau sans risque. Alors pour surveiller notre porte monnaie, surveillons donc notre consommation. Et pourquoi pas inciter nos communes à modifier les tarifications. Alors qu'une grande majorité d'entre elles appliquent un tarif constant quelque soit le volume consommé, voire même dégressif en cas de surconsommation, quelques municipalités ont opté pour un tarif progressif. Plus tu consommes, plus le prix du mètre cube augmente. Une bonne incitation aux économies et à la préservation de notre ressource…
INSTITUT FRANCAIS DE L'ENVIRONNEMENT philippe, pour la Rédaction. |