Il s'est tenu fin mars dans le cadre du
Forum de Paris, lieu de réflexion sur l'espace méditerranéen. Certes peu reliée par les Médias, cette manifestation devait pourtant revêtir un caractère de la plus haute importance. La mer va mal et notre pourtour méditerranéen n'a rien à envier à ceux du Pacifique ou de l'Atlantique. L'enjeu économique produit par les échanges commerciaux dans cette zone remonte à la nuit des temps et n'est plus à démontrer, mais ce que l'on sait peut être moins, c'est qu'aujourd'hui, cette dynamique est bel et bien remise en cause et menacée. A en croire les spécialistes des Nations Unies, "
La Méditerranée est un espace particulièrement exposé, où les phénomènes qui se produisent à l'échelle mondiale se concentrent." (…) La situation appelle des réponses urgentes.
D'abord, la Méditerranée est particulièrement sensible au réchauffement climatique :
hausse des températures déjà plus importante et rapide qu'ailleurs et précipitations en diminution.
biodiversité malmenée et dégradation des écosystèmes rapides
croissance démographique élevée, (la population des rives sud a presque doublé en 30 ans pour atteindre dés l'année 2005 quelques 258 millions d'habitants)
tourisme à outrance notamment aux abords du littoral
Pêche intensive
Circulation polluante de navires au large des côtes mais aussi dans les ports
L'eau, autre enjeu majeur Comme ailleurs, la situation des ressources en eau est problématique pour l'avenir de nos régions du sud de l'Europe, mais ce qui fait la particularité de la Méditerranée, c'est que, par manque d'infrastructure et d'anticipation sur le développement de l'urbanisation et du tourisme par exemple, les nappes souterraines s'épuisent rapidement, la salinisation et la pollution des eaux posent question...
Et pourtant il y a la mer, de l'eau… Oui, une mer dite la "Grande Bleue" qui relie 22 pays riverains mais subit le sort des eaux usées des villes, (non traitées dans 50% des cas), sans parler du retraitement des déchets qui finissent dans la mer.
Les perspectives sont énormes pour œuvrer désormais efficacement pour une maîtrise de la consommation d'eau, la protection des espaces naturels ou le développement des énergies renouvelables. Aux gouvernements maintenant de se mettre au diapason et de faire politique commune en ce sens. Pas évident tant le nombre des pays riverains restent non inclus en matière d'intégration politique, à l'Europe par exemple, la Méditerranée c'est aussi la Ligue arabe, l'Union africaine...
Nos espoirs peuvent reposer sur une des toutes premières actions qui devraient se traduire par un vaste chantier de dépollution. Par qui, quand, comment?
A Paris, le Forum a pu aborder à la fois le thème général de la pollution mais aussi celui des incidences sur le climat, la santé, celui de l'agriculture et de la pêche, de l'urbanisation et des différentes crises toujours d'actualité dans cette partie du monde.
La conclusion des exposés et débats a mené les acteurs du forum à émettre 7 propositions concernant le développement durable de la Méditerranée.
Ces dernières correspondent à :
1. Le lancement d'un sommet des grandes villes urbaines pour mieux répondre à l'augmentation de la population urbaine méditerranéenne
2. La création d'une structure permanente faisant fonction de banque centralisée de données socio-économiques et constituant de fait une plateforme commune pour une meilleur connaissance mutuelle et une harmonisation des politiques,
3. La création d'une Haute Autorité de l'Eau en Méditerranée permettant des politiques communes de gestion des ressources, une mutualisation de la recherche et du financement des investissements,
4. La conclusion d'une Convention méditerranéenne sur les infractions liées à la pollution en Méditerranée qui définirait
• Un code de bonne conduite contraignant pour les usagers de la mer,
• Une instance judiciaire compétente pour sanctionner délits et infractions en Méditerranée,
• Une police « anti-pollution » méditerranéenne active et visible dotée de moyens opérationnels d'intervention et de compétences répressives,
• Une taxe de passage en Méditerranée pour financer ce dispositif.
5. La création d'une Autorité pour le développement sanitaire solidaire et durable en Méditerranée coordonnant les actions concernant la santé en Méditerranée,
6. La création d'un mécanisme de concertation sur le réchauffement climatique et ses conséquences en Méditerranée afin de coordonner les positions des pays sur l'application du protocole de Kyoto et son renouvellement lors de la conférence de Copenhague en décembre 2009,
7. L'établissement d'un mécanisme de concertation en matière de politiques agricoles en Méditerranée facilitant la mutualisation des recherches agronomiques, sanitaires et phytosanitaires, aidant à la diffusion des techniques et pratiques favorisant l'économie d'eau, la protection des soles et l'usage optimal des ressources naturelles rares ainsi que des fertilisants.
Fabrice HUBERT
Sources : Planète urgence, MEDEA, Le Monde
Fabrice HUBERT, pour la Rédaction.