
Au rayon des énergies nouvelles, l'éolien et le solaire sont désormais bien connus de tous et se développent à grande vitesse. La géothermie est également en train de se faire une place au soleil, si l'on peut utiliser une telle expressions pour une ressource provenant des profondeurs de la terre. Ces trois poids lourds, qui concentrent une bonne part de l'intérêt du public et des industriels, ne doivent pas faire oublier que notre planète regorge de ressources énergétiques, qu'elles se trouvent à l'état brut ou qu'elles soient utilisables après intervention humaine.
Parmi celles-ci on trouve le biocharbon, un matériau encore bien méconnu du grand public mais dont les applications ne manquent pas d'intérêt. Pour le produire, il suffit d'utiliser des résidus de biomasses tels que des copeaux ou des débris de bois, ainsi que des résidus forestiers ou des déchets agricoles, que l'on place dans un four à pyrolyse. Ce processus thermochimique chauffe très rapidement les molécules organiques, en l'absence d'oxygène, ce qui les transforme en vapeur avant de les liquéfier. En quelques secondes seulement, la matière première est ainsi transformée en combustible, ce qui prendrait des millions d'années dans la nature.
Au terme de la pyrolyse, on obtient à la fois une biohuile liquide, du biocharbon sous forme solide et des gaz impossibles à condenser mais qui peuvent être réutilisés pour alimenter le réacteur à pyrolise, soit d'ores et déjà un gain d'énergie non négligeable. Pour ce qui est de la biohuile, elle peut également se transformer en source d'énergie permettant d'alimenter des fours, des turbines à gaz ou des chaudières. Mieux encore, elle se révèle particulièrement riche d'un point de vue chimique et, une fois purifiée, elle peut entrer dans la composition de nombreux produits. Un insecticide à base de biohuile a ainsi vu le jour et permet de lutter contre le doryphore de la pomme de terre, un insecte ravageur qui s'adapte facilement aux insecticides traditionnels.

Pour sa part, le biocharbon se révèle être également un combustible particulièrement intéressant et gagne ainsi ses galons d'énergie durable. Sous forme de granulés, il peut être utilisé dans les centrales à charbon actuelles avec un investissement financier quasi nul. Mais s'il peut servir à chauffer nos maisons et à faire tourner nos usines, ce biocharbon peut surtout se révéler très intéressant pour piéger le fameux CO2 qui empoisonne peu à peu notre atmosphère et accélère le réchauffement climatique.
Ce matériau est en effet capable de stocker le carbone beaucoup plus longtemps que ne le ferait un arbre ou une plante. Enfoui dans le sol, il permet d'éviter que le CO2 ne soit libéré dans l'atmosphère. Enterrer le biocharbon présente en outre un autre grand intérêt, car ce matériau se révèle très efficace pour fixer les éléments nutritifs du sol. A l'heure où l'exploitation agricole intensive appauvrit les terres dans la plupart des pays du monde, il pourrait ainsi se muer en une sorte "d'engrais" naturel et permettre une plus grande fertilité. Peut-être un peu rapidement appelé charbon vert, le biocharbon mérite en tout cas que l'on s'intéresse à lui.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.