Chaque année, en transmettant le paludisme, les moustiques sont directement responsables de la mort de 1 à 3 millions d'individus sur la planète, dont 75% d'enfants africains. Des chiffres sidérants qui font de du moustique anophèle l'animal le plus meurtrier au monde, loin devant des prédateurs pourtant craints par les humains. Les serpents sont ainsi mis en cause dans environ 50 000 décès annuels, les tigres tuent entre 50 et 100 personnes, tandis que les requins ne sont auteurs que d'une quinzaine d'attaques mortelles par an. |
Près de 10% de la population mondiale étant infectée par le parasite du plasmodium falciparum, que les femelles anophèles transmettent aux humains au moment de la piqure, le paludisme est un fléau que les hommes ont tenté de combattre depuis le début du XXe siècle, avec plus ou moins de succès. S'il a été éradiqué en Europe et en Amérique du Nord, il continue de faire des ravages dans de nombreux pays, principalement en Afrique. Aucun vaccin efficace n'a pu être mis au point et les intenses campagne de démoustication ont montré leurs limites, les insectes finissant invariablement par développer des résistances aux pesticides. Des chercheurs américains ont donc eu l'idée de modifier génétiquement des moustiques pour empêcher la reproduction du parasite. Présentant une grande résistance au plasmodium, ces anophèles nouvelle génération devraient en toute logique supplanter leurs congénères victimes de celui-ci et l'on pourrait imaginer, au bout d'un certain nombre de générations, qu'il n'y ait plus que des insectes sains. Les premiers résultats obtenus par les chercheurs sont encourageants, mais de nombreuses questions subsistent. D'une part, toutes ces expériences ont été menées sur le plasmodium Berghei, qui infecte les souris, et non sur le plasmodium falciparum touchant les humains. Il convient donc d'attendre que les investigations se poursuivent sur celui-ci, pour voir si les scientifiques parviennent à des résultats aussi probants. D'autre part, on peut se demander si l'évolution naturelle ne permettra pas au parasite de développer au fil du temps une faculté à contourner cette résistance artificielle, à l'instar du moustique s'adaptant aux insecticides. De plus, il est difficile de savoir quelles seraient les conséquences d'un essai grandeur nature sur le terrain. |

Si les chercheurs déversaient des milliers de moustiques génétiquement modifiés dans une région infestée par le paludisme, il conviendrait de stopper les luttes anti-vectorielles déjà menées sur le terrain, au risque de voir les populations d'anophèles croître sans garantie que l'expérience soit un succès. De telles recherches et tests grandeurs nature ont également l'inconvénient de nécessiter des fonds très importants, alors que les pays concernés peinent déjà à financer des programmes moins coûteux mais néanmoins efficaces, comme les moustiquaires imprégnées. Des outils malheureusement utilisés par moins de 2% de la population africaine à risque, alors que la déclaration d'Abuja, au Nigeria, prévoyait une couverture de 60% d'ici 2005. Ne serait-il pas plus urgent d'investir de l'argent dans ces méthodes déjà éprouvées et dans le soin apporté aux populations infectées, plutôt que de compter sur des organismes génétiquement modifiés en faisant fi du principe de précaution? Si l'initiative est louable et intéressante, il est difficile de savoir quelles pourraient être les conséquences à long terme d'une modification génétique des moustiques, ceci étant vrai pour l'ensemble des animaux. La nature est très bien faite et l'homme devrait peut-être se garder de vouloir modifier artificiellement ce qui a pris des millions d'années à former un équilibre. vincent, pour la Rédaction. |