
L'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, l'AFSSA, a rendu le 12 mars dernier un rapport mettant en cause la validité d'une étude menée sur le maïs transgénique NK 603 x MON 810 à l'Université de médecine vétérinaire de Vienne à la demande du ministère Autrichien de la Santé. [1]
Avant d'aller plus loin, il est important de savoir de quoi il s'agit.
Le Maïs transgénique NK 603 x MON 810 est un hybride obtenu par croisement de 2 maïs transgéniques : le MON 810, résistants à certains insectes, et le NK 603, tolérant au glyphosate.
La résistance aux insectes provient de l'insertion dans le génome du maïs d'un gène (Cry1Ab) permettant la synthèse d'une protéine toxique spécifique de certains lépidoptères, issu d'une bactérie : le
bacillus thuringiensis. Cette protéine est utilisée en épandage en agriculture biologique, c'est un insecticide bio. [2]
Le Maïs NK 603 quant à lui, possède deux nouveaux gènes dont l'action combinée lui permet de tolérer le glyphosate, un herbicide non-sélectif, mieux connu sous le nom de Roundup. [3]
Les travaux de l'AFSSA indiquent que la consommation de ce maïs est sans danger pour la santé. Soit. Mais cet hybride porte en lui les 2 questions fondamentales auxquelles aucune réponse n'est apportée :
1 - L'usage intensif d'herbicides autorisé par la tolérance du plant cultivé n'est-il pas à terme problématique ?
2 - L'apparition de résistances à la toxine du
bacillus thuringiensis chez les insectes ?
La tolérance du Maïs au glyphosate permet la succession d'épandages sur les cultures et ainsi la dissémination d'une grande quantité d'une molécule qui se dissout facilement dans l'eau et peut persister jusqu'à 3 mois dans les sols. Notons par ailleurs que des herbes résistantes au glyphosate sont apparues, montrant que l'usage intensif sur les champs OGM finit par aboutir à ce résultat.
Concernant la toxine du
bacillus thuringiensis, un tel résultat serait catastrophique. Rappelons en effet que cette toxine est la seule molécule qui nous permette de lutter biologiquement contre les lépidoptères qui ravagent les cultures. Utilisé à grande échelle, cette toxine risque de générer des résistances chez les insectes. Dans ce cas, nous n'aurons d'autres moyens que d'avoir recours à des molécules moins spécifiques, toxiques pour l'Homme et l'environnement. Ce serait en fait un désastre écologique et alimentaire.
Ce maïs hybride multiplie donc les risques pour l'environnement, et même si, selon l'AFSSA, il ne représente aucun risque pour la santé, le principe de précaution doit rester la règle pour ce qui est de l'autorisation de mise en culture. Quant à sa présence dans nos assiettes, c'est à chacun d'entre-nous de nous prendre en main et de lire les étiquettes. La meilleure façon de ne pas les consommer est de se remettre en cuisine et de n'utiliser, que des produits frais.
[1] Ce rapport s'inscrit dans la droite ligne d'un précédent avis sur l'inocuité de ce maïs transgénique, rendu lui le 13 septembre 2005, suite à une demande d'avis sur un dossier d'autorisation de mise sur le marché de ce maïs par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
[2] A ce titre, le MON810 est une sorte de maïs capable de se défendre biologiquement contre les insectes.
[3] Peu efficace seul, il est combiné à un tensioactif qui le rend beaucoup plus toxique.
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.