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BELLE-ÎLE-EN-MER : Sur les traces de Sarah Bernhardt

L AUTRE FRANCE
Chronique du 7-04-2010

Par Pierre GUELFF
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LA CHRONIQUE
Place stratégique, d'où l'ampleur des réalisations de Vauban, fortifications, incarcérations diverses, invasions, combats navals, déportation des Acadiens, naufrages…, voici, pêle-mêle, le tableau clair-obscur du Palais, « capitale » de Belle-Île-en-Mer, un lieu historiquement fort convoité.
Mais, cette île, c'est aussi de superbes étendues verdoyantes, rocheuses, plates, pentues, rocailleuses, propices à la randonnée, au jogging, au vélo (enfin, pas partout !), à la méditation, à la contemplation, et il s'agit bien de l'un des paysages de la « Bretagne sauvage » les plus magnifiques.
On la dit une résurrection de l'Atlantide ou née des couronnes de fleurs jetées dans l'océan par les bonnes fées expulsées de la Forêt de Brocéliande.

Peu importe l'origine, ici est rassemblé tout ce que la Création a imaginé de plus beau, de plus fort, de plus tourmenté : flore, couleurs, oiseaux, arches de pierre, roches percées, port naturel, plages, mer rarement calme, sentiers…
Port de Palais et Port de Sauzon pour, quand même, relier cette terre insulaire, joyau du patrimoine naturel, à la terre ferme, Grotte de l'Apothicairerie, aiguilles de Port-Coton, Pointe des Poulains, plage de Donnant, Citadelle de Vauban, des bourgs, des villages… complètent ce lieu où Gustave Flaubert écrivit « Belle Île ».
A Belle-Île-en-Mer, on découvre quelques mégalithes, certains sont renversés, fabriqués avec le schiste local (deux pierres levées à Sauzon), d'autres ont été importés du continent, car ils sont en granit. Certaines sont pleines de légendes…

Les muses, inspiratrices des artistes, ont trouvé à Belle-Île une terre… d'inspiration : écrivains, peintres, musiciens, comédiens…, y ont séjourné, élu domicile ou puisé un état d'âme « particulier ».
Parmi eux, Eva Jouan, Alexandre Dumas, André Gide, Arletty, elle, habitait près de la plage de Donnant, Claude Monet a immortalisé le site dans plusieurs tableaux, Prévert y rêva et s'étonna de certaines pratiques, TF1 y tourna sa saga de l'été 2005, « Dolmen »…

Sarah Bernhardt (1844-1923) laisse à Belle-Île une fameuse empreinte.
La comédienne de théâtre, surnommée la « Voix d'or » ou la « Divine », tragédienne exceptionnelle (Le Passant, Ruy Blas, Phèdre, Hernani, La Dame aux Camélias…), considérée comme la plus grande du XIXe siècle, muse d'artistes, habita la Pointe aux Poulains : « J'aime venir chaque année dans cette île pittoresque, goûter tout le charme de sa beauté sauvage et grandiose. J'y puise sous son ciel vivifiant et reposant de nouvelles forces artistiques. »
Sa vie privée fut mouvementée, parfois tragique.
À 20 ans, elle donna naissance à son seul enfant, Maurice. Elle eut des amants en nombre (on parla de Victor Hugo, du Prince de Galles…), elle se maria avec un toxicomane, fut amputée d'une jambe à l'âge de 71 ans en raison d'une blessure gangrenée consécutive à un saut effectué une dizaine d'années plus tôt dans « Tosca » ou à une autre occasion, selon les versions, mais, courageusement, elle continua de jouer assise et visita même les Poilus (ces soldats envoyés à la « boucherie » et qui n'avaient pas le temps ni l'occasion de se raser…) au front lors de la Première Guerre mondiale.
Pourtant, déjà, elle vivait depuis cinquante ans avec un seul poumon, depuis trois décennies avec un seul rein…
Au sujet de la jambe, Sarah Bernhardt reçut, durant sa convalescence, un message du directeur de l'Exposition panaméricaine à San Francisco lui offrant 100.000 livres en échange du droit d'exposer sa jambe.
– Laquelle ? lui répondit-elle par télégramme.

Un Musée Sarah Bernhardt trouve très logiquement sa place à la Pointe des Poulains.
Ici, la « Bonne Dame » était très sensible aux difficultés quotidiennes des Bellîlois et elle finança une boulangerie coopérative : « L'œuvre du pain pas cher ».
À côté de cet aspect humanitaire (elle militait aussi contre la peine de mort et l'antisémitisme), une photo montre la comédienne – lasse du monde, paraît-il ! –, de manière excentrique et quelque peu morbide, couchée dans un cercueil installé dans une chambre de son fortin.
Elle est couverte de couronnes et de fleurs, les mains croisées sur la poitrine, un cierge est allumé et un crâne repose sur le tapis pour « un adieu temporaire à la vie » !
L'une de ses devises était : « C'est en se dépensant soi-même que l'on devient riche » !

Pierre Guelff, auteur des deux tomes « France mystérieuse, insolite et sacrée » (Editions Jourdan).

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                Pierre GUELFF, pour la Rédaction.



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