
Alors que le changement climatique et ses conséquences environnementales et économiques continuent à faire débat, une étude parue dans la revue Nature le 21 octobre dernier met en lumière la diminution d'un phénomène appelé
évapotranspiration, qui pourrait révéler une
baisse de la ressource en eau des sols et donc de sa disponibilité. L'évapotranspiration correspond à l'ensemble de l'eau qui rejoint l'atmosphère soit par la
transpiration des plantes, soit par son évaporation à partir du sol. Ce phénomène fait partie du cycle de l'eau et concoure au fonctionnement du système climatique.
Cette évapotranspiration est mesurée dans le cadre de
Fluxnet, un réseau international de tours à flux micrométéorologiques auquel participent des chercheurs du
Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE), et qui mesurent les échanges de dioxyde de carbone (CO2), de vapeur d'eau et d'énergie entre les écosystèmes terrestres et l'atmosphère.
Associées à des observations satellitaires et des modèles d'écosystèmes, ces mesures ont permis d'évaluer son évolution depuis le début des années 80.
De cette date jusqu'en 1997, l'évapotranspiration a augmenté régulièrement. Une hausse qui s'explique par le réchauffement global. Lorsque la température augmente, l'atmosphère est capable de contenir une plus grande quantité de vapeur d'eau.
Une tendance qui pourtant s'est inversée depuis 1998, pour diminuer jusqu'à aujourd'hui, au même rythme qu'elle augmentait précédemment. Alors, comment expliquer cette inversion de tendance puisque rien n'indique, bien au contraire, une baisse de la température atmosphérique ? Si, d'après les auteurs, il est trop tôt pour dire si ce changement de l'évapotranspiration est d'origine naturelle ou dû aux activités humaines,
la cause est vraisemblablement une baisse de la disponibilité de l'eau, tant d'origine végétale qu'au niveau des sols. L'évènement El Nino de 1998 a pu contribuer à cette tendance nouvelle, d'autant que le phénomène est particulièrement visible dans l'hémisphère sud, surtout en Afrique et en Australie, victimes de fortes sècheresses. Mais la déforestation et les pratiques agricoles intensives qui imperméabilisent la terre et favorisent le ruissellement des pluies peuvent par exemple jouer un rôle dans la diminution de la disponibilité en eau des sols.
La diminution de l'évapotranspiration dans ce contexte climatique pourrait ainsi annoncer de futures difficultés d'approvisionnement en eau tant pour la consommation humaine que pour l'agriculture, difficultés qui se sont accrues là où elles existaient déjà. Une perturbation du cycle de l'eau qui pourrait également avoir un impact important sur les écosystèmes vulnérables pour lesquels les marges de manoeuvre sont faibles.
Ce changement des échanges hydrologiques entre ciel et terre pourrait aussi avoir des répercutions plus globales encore, tant le cycle de l'eau joue un rôle majeur dans la mécanique climatique, et engendrer des perturbations difficiles à prévoir sur un climat mondial en pleine évolution. Photo : Tour à flux de Puechabon (Hérault) - Copyright O. FRIGOUT Tous droits réservés Source : CNRS PRESSE
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.