
Plus les semaines passent et plus le Grenelle de l'environnement initié par le président Sarkozy semble avoir du plomb dans l'aile. Les associations de protection de l'environnement viennent en effet de vivre une nouvelle désillusion concernant les dates d'ouverture de la chasse aux oiseaux migrateurs. Le 21 janvier dernier, le Journal Officiel a publié les arrêtés de clôture de la chasse et la période allouée aux porteurs de fusil pour s'offrir quelques cartons sur plusieurs espèces d'oiseaux migrateurs a été prolongée de façon conséquente. Au final, si les dates varient selon les espèces, ce sont près de trois semaines supplémentaires qui ont été attribuées aux associations de chasseurs qui ne cachent pas leur satisfaction.
En revanche, du côté des défenseurs de la biodiversité, ces dates représentent une désillusion d'autant plus grande que l'ouverture du dialogue avait laissé espérer une toute autre issue. Suite au Grenelle de l'environnement, une table ronde chasse avait ainsi été mise en place et celle-ci avait permis de trouver un accord qualifié d'historique par le ministère de l'écologie. Un ministère qui a semble-t-il oublié en route ces désirs louables de concertation, puisque c'est sans l'accord des différentes parties que les dates de chasse aux oiseaux migrateurs ont été prolongées.
Le plus absurde dans toute cette histoire, c'est que le gouvernement décide ainsi de placer sciemment la France dans une position de hors la loi vis à vis de l'Union Européenne. Celle-ci a en effet édicté une directive qui impose une protection complète des oiseaux durant la période de nidification, la reproduction et la dépendance des jeunes, mais aussi lors du trajet de retour des espèces migratrices vers leurs lieux de nidification. Cette directive a été signée par la France en 1979 et, depuis, notre pays ne cesse de se mettre régulièrement en infraction afin de satisfaire des chasseurs qui représentent un vivier électoral particulièrement courtisé.
Les défenseurs de la nature, choqués à juste titre par cette décision, ont donc décidé de déposer un recours devant le Conseil d'Etat pour demander une procédure de mise en référé afin que celui-ci soit examiné le plus rapidement possible. Au total, près de 70 associations, dont la Ligue de Protection des Oiseaux, France Nature Environnement, la Ligue Roc ou encore l'Association pour la Protection des Animaux Sauvages protestent officiellement contre ces arrêtés qui ne vont pas améliorer les chances de survie et de développement de plusieurs espèces déjà menacées.

Les oiseaux migrateurs n'ont en effet pas besoin qu'on vienne les farcir de plomb puisqu'ils sont déjà confrontés à de nombreux problèmes. La destruction de leur habitat et en particulier des zones humides, ainsi qu'une pollution de plus en plus généralisée, notamment avec l'utilisation massive des pesticides, provoquent des ravages dans les rangs de plusieurs espèces. Un rapport international récent portant sur les oiseaux d'eau effectuant des trajets entre l'Afrique, l'Europe et l'Asie a ainsi révélé que 41% des espèces observées voyaient leurs effectifs diminuer.
Le réchauffement climatique est également un facteur important pour expliquer ce déclin des oiseaux migrateurs. Hausse de la désertification, modification des habitats traditionnels, augmentation du nombre de tempètes ou hausse du niveau de la mer font des ravages et mettent à mal des écosystèmes entiers. Il n'est donc pas forcément très utile d'en rajouter et la décision d'allonger les périodes de chasse ne peut que faire bondir. Outre le fait que notre pays se retrouve ainsi dans l'illégalité vis à vis de l'Union Europénne, cela met également à mal les espoirs nés d'un Grenelle de l'environnement qui se révèle de plus en plus décevant.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.