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Phytothérapie et interactions médicamenteuses. - Publiée le 8-05-2006

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LA CHRONIQUE
Depuis la nuit des temps, les Hommes ont puisé dans la nature les médications dont ils avaient besoin. Du Medecine Man au rebouteux, toutes les civilisations se sont transmises un savoir que l'on redécouvre pour partie aujourd'hui. Les remèdes de grands-mères sont bien connus des herboristes et phytothérapeutes qui exploitent les molécules aux vertus thérapeutiques des plantes. Mais la science avance et les modes d'action de ces substances sont découverts les uns après les autres. Et certaines découvertes montrent que leur usage, loin d'être anodin, peut avoir des conséquences inattendues, et pas toujours bénéfiques.


Le Millepertuis, ou Hypericum perforatum (herbe à mille petits trous), est connue depuis plus de deux siècles pour son action antidépressive. Mais depuis cinq ans, son usage est dénoncé par l'industrie pharmaceutique car il augmente l'activité de détoxication du foie, et donc, par voie de conséquence, diminue la biodisponibilité de certains médicaments. Accusés par les partisans des médecines douces de vouloir maintenir le niveau des ventes d'antidépresseurs chimiques, les industriels rétorquent que, l'hyperforine, molécule incriminée présente dans les tisanes de Millepertuis, représente un risque dans le cas de prise concomitante avec certains médicaments. En effet, près de 60% des médicaments voient leur élimination accélérée par le millepertuis.
Les cellules des villosités intestinales puis les hépatocytes filtrent les nutriments en provenance de l'alimentation. Ainsi, les médicaments sont éliminés selon une cinétique précise permettant d'évaluer une posologie. Cette posologie va permettre au médicament d'être efficace sans être toxique pour l'organisme, à une concentration systémique optimale. Cette concentration va diminuer dans le temps au fur et à mesure de la prise en charge des molécules actives par le foie en particulier qui filtre le sang.

Or, la molécule active du Millepertuis, l'hyperforine, augmente l'activité d'élimination du foie. Ce sont ainsi 60% des médicaments qui voient leur cinétique d'élimination augmenter.
En l'absence de protocole médicamenteux, l'effet est bénéfique puisque les toxines que génère le métabolisme général sont détruites. Mais pour un patient qui suit un traitement pharmacologique, les risques sont sérieux.
C'est le cas avec la cyclosporine, immunosuppresseur utilisé pour limiter les risques de rejet après une greffe ou dans le cas de maladies auto-immunes. La bonne tasse de Millepertuis qui nettoie le corps devient alors un risque d'échec de la greffe, ce qui fait du Millepertuis une plante à n'utiliser que lorsqu'on ne suit aucun traitement.
Autre exemple : les contraceptifs oraux. En accélérant l'élimination des oestrogènes, le Millepertuis a joué les cigognes pour des femmes qui prenaient pourtant la pilule.

Le pamplemousse a une action opposée.



Mais à l'inverse, certaines substances naturelles vont réduire l'action de détoxication du foie. C'est le cas du jus de pamplemousse bas de gamme. Pourquoi bas de gamme ? Simplement parce que plus les jus sont bon marché, plus on y retrouve de traces de peau de cet agrume. Or, la molécule incriminée, de la famille des furanocoumarines, se trouve justement dans la peau du pamplemousse. Et cette molécule, contrairement à l'hyperforine du Millepertuis, inhibe l'activité de détoxication du foie. Ainsi, en sa présence, les toxines produites par le métabolisme et les médicaments vont s'accumuler au lieu d'être éliminées. Des médicaments qui, à l'instar de la cyclosporine, vont devenir toxiques à force d'accumulation, entraînant des pathologies secondaires liées aux dysfonctionnement des reins, du foie, de la vésicule biliaire.
Cet aspect négatif permet malgré tout de tracer des perspectives intéressantes. D'abord parce que l'activité d'élimination des toxines est surexprimée dans les tumeurs. Les cellules cancéreuses vont éliminer plus vite les molécules injectées pendant les séances de chimiothérapie.
On peut donc imaginer améliorer l'efficacité de ces molécules anti-cancéreuses en utilisant en parallèle cette molécule extraite du pamplemousse.
D'autre part, elle peut aussi permettre de diminuer les doses médicamenteuses en réduisant leur élimination. C'est le cas des traitements du HIV par des antiprotéases. Diminuer ainsi les doses permettrait d'alléger à la fois la contrainte des prises de médicaments et le coût. Mais attention, car diminuer l'activité de détoxication du foie entraîne forcément, du fait de l'accumulation de toxines, des effets secondaires non négligeables.

Ces deux contre-exemples que sont le Millepertuis et le pamplemousse démontrent combien la nature reste un réservoir inestimable de principes actifs utilisables en pharmacologie, mais aussi combien leur usage doit se faire en toute connaissance des risques d'interactions médicamenteuses qu'ils représentent. Ils justifient à eux seuls que l'humanité trouve les moyens de préserver une biodiversité mise aujourd'hui en danger.

                olivier, pour la Rédaction.


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