
Envisat, un satellite lancé en 2002 pour recueillir des informations sur l'évolution de notre environnement, pourrait bien être le symbole spatial du développement durable. En effet, prévu pour 5 ans d'activité, il s'est montré tellement fiable qu'il vient de rempiler pour 5 à 7 années supplémentaires. Ce succès de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) a débuté en 2002, lorsqu'Envisat, le plus gros objet jamais envoyé par l'Homme dans l'espace, a été mis en orbite. D'un poids de 8 tonnes et d'une longueur de 10 mètres, ce satellite dispose de 10 instruments de mesure lui permettant de prendre le pouls de la planète, à 800 kilomètres d'altitude. Et rien ne lui échappe.
Ce sont chaque jour
250 gigabits de données que le satellite expédie au sol, couvrant le large spectre des pollutions dues à l'activité humaine, et plus généralement l'évolution des constituants atmosphériques incriminés dans les changements climatiques en court comme leurs conséquences.
Ainsi,
en cinq ans d'activités, Envisat a permis d'établir que
les pollutions industrielles s'étaient stabilisées en Europe et aux Etats-Unis, alors que dans le même temps,
elles s'étaient fortement accrues en Chine, pays qui connaît une croissance économique fulgurante.
La carte des émissions industrielles permet ainsi de visualiser l'impact des changements économiques sur l'environnement.
Méthane et dioxyde de carbone n'échappent pas non plus à l'œil d'Envisat, dont les mesures ont permis de mieux comprendre et modéliser le phénomène en cours.
Les nappes de pétrole déversées par le Prestige au large des côtes de Galice après son naufrage. Image obtenue grâce à l'instrument Asar à bord d'Envisat - crédits : ESA.
Autre observation majeure :
l'évolution de la calotte glaciaire du Groenland. Equipé d'un radar altimètre, Envisat est capable de mesurer la moindre perte d'épaisseur de la glace polaire, même de nuit et malgré un ciel nuageux. Ces mesures ont permis d'établir que
les glaces Groenlandaises fondaient deux fois plus vite qu'il y a seulement 10 ans. Selon la même technique, les techniciens de l'Agence spatiale Européenne ont pu établir que
le niveau des mers s'élevait de 3 millimètres par an, et que
les océans se réchauffaient globalement. Ces données scientifiques qui alimentent les modèles et les théories, ne sont pas les seules informations transmises par le satellite.
En effet, Envisat est capable de détecter la présence de pollutions pétrolières en mer, en repérant les zones de moindre houle qu'induisent les nappes d'hydrocarbures. Ces informations déclenchent la recherche immédiate du tanker indélicat coupable de dégazage. Bien évidemment, la plupart des capitaines de ces navires connaissent ce satellite et sont peut-être renseignés sur les heures de passage d'Envisat, qui réalise 14 rotations orbitales par jour.
Enfin, dans le registre de la lutte contre la pêche illégale, Envisat aurait permis de réduire cette activité de
90% au large de l'archipel français des Kerguelen, au sud de l'océan indien.
Phytoplancton (en turquoise) observé par l'instrument Meris à bord d'Envisat - crédits : ESA 2002.
Vue du ciel, l'activité humaine est bien plus facile à contrôler, et le fait que ces technologies soient employées à des fins de protection de l'environnement et des ressources, est plutôt positif. Envisat qui devrait être remplacé, à l'horizon 2012, par une armada de satellites plus petits, appelés Sentinel, n'attend plus que le budget des 17 Etats membres de l'Agence spatiale Européenne pour prendre sa retraite.Sources : CNES
Olivier FRIGOUT, pour la Rédaction.