
Certains mots évoquent invariablement des images bien précises. Ainsi quand on parle de désert, on pense le plus souvent à de vastes étendues arides, de la roche ou du sable en quantités impressionnantes et un soleil de plomb. Pourtant, il existe d'autres types de déserts à commencer par les immenses étendues de glaces qui recouvrent les pôles de la planète. Ce que l'on sait moins et qui peut surprendre, c'est qu'il existe également des déserts océaniques. Ce qui caractérise ces milieux extrèmes n'est en effet pas le manque d'eau, mais bien le fait qu'ils n'abritent pas, ou très peu de vie animale ou végétale.
Ces déserts océaniques sont loin d'être anecdotiques puisqu'ils couvrent près de 40% de la surface de la terre. Situés principalement au large des côtes et au milieu des océans, tout autour de l'équateur, cez zones se caractérisent par une très faible densité d'organismes vivants. La cause de ce vide est liée aux puissants courants qui animent les océans et notamment ceux que l'on nomment tourbillons. Près des côtes, ils génèrent des courants verticaux qui font font remonter des sels nutritifs qui permettent au phytoplancton végétal de se développer. Dès lors, le plancton animal a de quoi se nourrir et c'est toute une chaine alimentaire qui se met en place, jusqu'aux plus imposants des animaux que peuvent être les grands requins ou les baleines.
Au large, où les courants verticaux sont bien moindres, l'apport des nutriments est faible et la vie se développe avec difficulté. Le problème, c'est qu'à l'instar de ce qu'il se passe sur la terre ferme, les déserts océaniques ont une fâcheuse à s'étendre de plus en plus. Les dernières études, menées grâce à l'utilisation d'images provenant de satellites, sont édifiantes tout autant qu'inquiétantes. L'extension de ces déserts serait dix fois plus rapide que prévue et leur croissance atteindrait 5% par an.
Dans un grand dossier, la revue Sciences et Nature du mois d'octobre se penche sur les océans et notamment sur cette raréfaction biologique constatée par les scientifiques. On y apprend notamment, mais est-ce désormais une surprise, que le réchauffement climatique serait le principal responsable de ce déséquilibre. L'eau étant plus chaude, cela entraîne une baisse du taux d'oxygène. Dès lors, les courants verticaux sont freinés, voire bloqués et c'est l'ensemble de la chaîne alimentaire qui se trouve affectée. Les poissons et crustacés sont en première ligne et disparaissent peu à peu.

Pour ne rien arranger, l'acidification des océans liée au réchauffement de la planète a de graves répercussions sur les écosystèmes et notamment sur les coraux, qui meurent à une vitesse impressionnante. Ces récifs coraliens jouant un rôle prépondérant dans l'équilibre de la vie aquatique, notamment en servant de nurseries à des milliers d'espèces animales, leur disparition progressive annonce une catastrophe écologique à l'échelle planétaire.
Pour faire bonne mesure, les humains pillent allègrement les ressources marines. Près de 80% des espèces actuellement exploitées le seraient à un niveau proche ou au-delà de leurs possibilités de renouvellement. La capacité de pêche industrielle serait 2,5 fois plus élevée que ce qui correspondrait à une gestion durable des ressources maritimes. En résumé, les océans vont mal et la situation se dégrade d'année en année. Quand on sait que toute la vie présente sur terre est originaire du monde aquatique, on ne peut que s'inquiéter de voir ce milieu malmené et mis en danger. Les menaces qui pèsent sur notre planète s'accumulent de plus en plus et des mesures concrètes et de grande ampleur s'imposent si on veut éviter une accumulation de catastrophes.
Vincent Armillon, pour la Rédaction.