C'est dans les Charentes que se situe l'un des sites les plus prometteurs pour l'étude de la faune et de la flore du milieu du Crétacé, il y a près de 100 millions d'années. Les morceaux d'ambre qui y sont collectés ne cessent de révéler des informations capitales sur la vie à cette lointaine époque, de l'origine des oiseaux à l'épopée des fourmis. |
On soupçonne depuis longtemps les oiseaux de descendre d'un groupe de dinosaures. Une théorie que de récentes découvertes en Chine sont venues confirmer. En effet, des restes de dinosaures « à plumes » ont été mis au jour, resserrant un peu plus l'enquête scientifique sur cette hypothèse. Mais entre les plumes primitives de ces lointains et supposés ancêtres et les plumes de nos volatiles contemporains, il fallait mettre la main sur des stades intermédiaires, les chaînons manquants. C'est chose faite avec la découverte faite dans un morceau d'ambre par une équipe du CNRS emmenée par Didier Neraudeau, révélant des plumes composées de filaments se rejoignant à leur base pour former une version archaïque de la nervure centrale des plumes actuelles. Et ce nouvel argument en faveur de la théorie des origines dinosauriennes des oiseaux n'est pas la seule surprise emprisonnée dans l'ambre charentaise. Alors que l'on pensait que les fourmis étaient apparues il y a environ 85 millions d'années, les morceaux d'ambre collectés ont permis de repousser cette date au delà de 100 millions d'années, période où elles apparaissent déjà organisées en castes. Mieux, l'ambre révèle aussi la présence en ces lointaines époques de zodariides, des araignées prédatrices des fourmis. Ainsi, ce couple proie/prédateur était présent avant la crise Crétacée-Tertiaire qui a entraîné la disparition des dinosaures, il y a 65 millions d'années, crise qui n'eut vraisemblablement aucune prise sur ces insectes et leur écosystème. |

Au bout du compte, ce sont 650 animaux fossiles qui ont été décrits dans les morceaux d'ambre translucides découverts dans cette carrière des Charentes. Des morceaux qui constituent seulement 20% de la récolte, le reste étant trop opaque pour la technique utilisée. Mais depuis 2006, le synchrotron de Grenoble permet, par une technique baptisée microtomographie, de sonder l'ambre opaque. Et les résultats sont à la hauteur des espérances des chercheurs. En une séance, 350 nouveaux spécimens étaient identifiés. L'ambre des Charentes est donc loin d'avoir livré tous ses secrets. Descendant d'un niveau, les chercheurs s'attachent maintenant à explorer l'ambre en quête de bactéries, d'algues ou de champignons. L'étude des fossiles de végétaux devrait aussi permettre d'avancer sur la connaissance de l'origine des plantes à fleurs. Et pourquoi pas de collecter des informations capitales sur l'évolution du climat dans les bulles d'air et d'eau piégées au cœur de l'ambre ? Livre ouvert sur la préhistoire, l'ambre charentais n'en finit pas de raconter la vie à l'époque des dinosaures et d'éclairer les chercheurs sur les écosystèmes qui s'y côtoyaient, avant l'avènement de l'Homme. Sources : LE journal du CNRS, n°221 juin 2008 olivier, pour la Rédaction. |